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L'art de Polo lézarde et se faufile dans toutes les rues
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Le dimanche 03 janvier 2010 à 20:58 - 352 vues
Publié par Laura Goron
Depuis plus d'un an, ça lézarde dur à Avignon. Rien à voir avec la tradition de la sieste, chère aux sudistes. Ce qui grimpe, se cache et s'accroche sur tous les murs de la cité des Papes, ce sont des lézards EPG. Un street art développé par Polo.
On pourrait dire que l'histoire commence par un tagueur qui mua en graffeur, qui mua en artiste de rue. On pourrait mais cela voudrait dire que Polo a renoncé à son premier amour qu'est la bombe. A quinze ans, lui et ses amis tombent dans la culture hip-hop. Avec elle, commence des bombes volées et des tags partout dans la rue. « On était une bande de potes qui aimions écrire des trucs sur des murs ». Oui mais! Le graff c'est comme la mafia - à ceci près que leurs bombes ne projettent pas de poudre - ça à l'air anarchique mais il y a des codes, des anciens à respecter et à écouter. Un papa du graff avignonnais s'est fait un plaisir d'attraper les deux petits et de leurs apprendre les règles du milieu. « Pas de copies de noms ou de style, on peut s'inspirer mais le copyright du tag existe. Peu importe que tu aies tagué volontairement ou non le spot de quelqu'un, si tu repasses une fois, tu es repassé dix fois ». Polo explique que les jeunes d'aujourd'hui ne connaissent pas forcément cette règle implacable. « Un petit nouveau que je connais bien s'est amusé à repasser un graff que j'avais fait en 1998. Au lieu d'appliquer la règle, j'ai été le voir. Il s'est excusé et m'a redonné mon spot mais à notre époque il aurait été totalement toyé ». Oui, le petit jeune Polo est devenu l'un des « anciens » de la communauté avignonnaise. Le crew qu'il a formé avec Judasnik, EPG, a plus de quinze ans. Ils en ont trente et leur art a évolué.
Leurs tags sont devenus des fresques tuyaux, EPG est l'un des crew de référence de la scène vauclusienne et leur vision du graff n'est plus seulement « de taper un train ». « Celui qui commence par le vandale y reviendra toujours car les sensations sont uniques mais avec l'âge on évolue et nos perspectives aussi », explique Polo. Du coup maintenant EPG ce n'est plus qu'un crew de graffeur, ce sont des affiches, des lézards, la base d'une discussion avec la mairie et d'une association.
EPG, entre Eau Pastis Glaçons et Éternel Pays En Guerre
« Ma démarche a totalement changé. La dernière fois, j'ai fais un lézard en collant de vieilles affiches d'une imprimerie du centre ville, trouvée dans une usine désaffectée. Il y a quelques années j'aurais certainement été coller mon lézard sur la façade en bois toute neuve de cette imprimerie. Aujourd'hui je vais aller le voir pour lui demander s'il aimerait que je lui colle ce lézard au dessus de sa devanture en bois ou dans le magasin, ou alors je lui donnerai. ». Et non, il ne risque pas de se faire attaquer par la fondation Brigitte Bardot. Aucun animal vertébré ou pas n'est maltraité au nom de l'Art. Les lézards qu'il colle partout sont des petits moules en plâtre qu'il peint de toutes les couleurs. Leur seul point commun, ils portent tous les insignes EPG. « Même si c'est différent du graff, ça reste une manière d'exposer notre crew à la vue de tout le monde ». Et Polo n'est pas à son premier coup d'essai. Juste avant la lézard mania, il y a eu les affiches EPG. De simples pochoirs avec un EPG détourné. Les Avignonnais ont eu la chance de voir un pochoir du célèbre coup de boule de Zidane surmonté d'un En Pleine Gueule. Une autre affiche faisait référence à la très importante tradition du sud de la sieste et du pastis. EPG est alors devenu Eau, Pastis, Glaçons. Il a aussi muté en Éternel Pays en Guerre avec un pochoir des États-Unis. Une manière plus discrète et plus originale de recouvrir la ville d'EPG. Polo reconnaît « que tu n’as pas la même sanction quand tu es arrêté avec une bombe et un marqueur ou avec un pinceau et de la colle. Je collais mes affiches en plein jour et quand les gens me demandaient ce que je fabriquais, je leur expliquais. Ce n’est pas dangereux et plus abordables par tous, les gens étaient plus réceptifs. » Et du coup, le graffeur se sent reconnu et apprécié. Il devient enfin un artiste.

Alors l'artiste commence à réfléchir. Il veut mettre de la couleur dans sa ville, il veut pouvoir penser ses objets et les faire de chez lui. C'est là que débarquent ces petites bestioles. Elles sont de toutes les couleurs, plus ou moins grosses. Elles grimpent se coller sur tous les murs d'Avignon. Commence alors une vraie chasse au lézard. Au départ seuls les amis de Polo connaissent leur existence. Et plus le temps passe, plus un mal étrange attaque les habitants de la Cité des Papes. Ils marchent tous les yeux vissés en l'air. Ils scrutent les murs et d'un coup s'écrient « j'en ai un! ». Certains vont même jusqu'à crapahuter pour en ramener un chez eux. Et ce mal n'est pas réservé aux Avignonnais. Croatie, Barcelone, Bordeaux, et bientôt le monde connaitra la folie des lézards. « Un français qui voyage beaucoup de par son travail approche régulièrement des mecs comme moi pour leur demander s'ils aimeraient qu'il affiche leur art dans les villes où il voyage. » Street art without border va donc certainement permettre d'exporter les lézards. Ils risquent aussi de se retrouver dans les rues de la capitale. L'un des meilleurs amis graffeur de Polo vient de s'installer dans notre charmante bourgade. Il a customisé un certain nombres de lézards et il serait fort improbable qu'aucun de ces petits animaux ne se retrouvent bientôt dans vos rues. Levez les yeux, ils sont peut-être déjà là....
Une association pour promouvoir tous les talents

La démarche vers monsieur-tout-le-monde ne s'arrête pas là. Polo est sur le point de monter une association pluri-culturelle. Par cette association, ils veulent ouvrir le Street art au grand public. Ils ont déjà travaillé pour la salle de concert locale. Une immense fresque recouvre les couloirs du patio. Réalisation de Polo et des futurs membres de l'association. Autre projet en gestation. L'arrivée de gargouilles dans le parcours urbain. Une artiste réalise de la sculpture sur pierre. Avec Polo, ils réfléchissent à un système de fixation suffisamment solide pour coller des petites têtes de gargouilles partout dans la ville.
Animateur BAFA depuis des années, Polo est également très attaché au contact avec les enfants. Il aimerait donc que l'association propose des activités. La première serait certainement l'apprentissage de reliure de livre. Quant à lui, il voudrait se tourner vers la sérigraphie. Oui le mouvement Street art a plus de trente ans. Il est né dans le vandalisme et continuera dans le vandalisme avec de nouvelles générations qui voudront taper des trains ou des avions de chasse. « La différence, c'est qu'aujourd'hui les magazines, les émissions de décoration, la publicité, tout le monde utilise le graff. Les gamins deviennent très doués très rapidement, ils ont un potentiel et des moyens extraordinaires ».

Dans un monde où l'on court après le temps et la totale gratuité, quoi de mieux qu'un art qui vient à nous. « Mes lézards, mes affiches et tout le reste sont des choses qui appartiennent à la rue. Si les gens les veulent pour chez eux, il n’y a pas de problème, il suffit de les décoller ou de m'en demander. Pour moi, l'art n'est pas à but lucratif. ». Et si finalement la morale de toute cette jolie aventure, était simplement que la ville est à tous. Les rues sont finalement les derniers espaces où toutes les classes, toutes les origines, tous les talents peuvent s'exprimer librement et gratuitement. Reste à convaincre les autorités publiques. La discussion avec la maire d'Avignon est très complexe mais d'autres ont franchi le pas. L'élu de la petite ville de Roubion, dans le Vaucluse, à signé plusieurs contrats avec le principal crew. Les QDB, Que du Bonheur, ont été employés pour peindre des abris de bus et rénover un stade. Certains commerçants leur demandent de réaliser des fresques sur leurs rideaux de métal. Un moyen efficace d'incorporer le tag au paysage urbain, sans avoir le sentiment d'être pris en otage par les signatures pas toujours très jolies, il faut le reconnaître. Polo termine en expliquant son rêve artistique. Développer le principe de parcours urbain avec des artistes locaux. Il voudrait que, tout comme ses lézards ont mis une touche de couleur dans sa ville, d'autres se mettent à créer. « Notre association sera un espace de création. Tout le monde pourra venir et tenter quelque chose. » Que les gens lèvent les yeux et s'arrêtent deux minutes devant les murs de la ville. Il y a du talent dans l'air.
Laura Goron







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