« Urban-Culture Magazine : Les doigts dans la street »


Interview Florent Le Reste - Homeboy, du quartier au hip-hop

À la rédaction, on était content d'avoir un mail des Éditions Michalon. On s'est un peu demandé ce qu'ils nous voulaient, j'avoue. Et puis j'ai pu dialoguer avec l'auteur du livre « Homeboy, du quartier au Hip-Hop »...

Florent Le Reste, entretien

Florent, 36 ans, n'est pas en reste pour parler du hip-hop. Diplômé de l'ESRA, il bosse pour France Télévisions.

Homeboy, du quartier au hip-hop

Avant de parler du fond, une interrogation sur la forme ? Tu passes d'une plume virulente, rapide, presque décousue à une soudaine lenteur de style, tu prends le temps alors de détailler ta pensée, d'analyser les faits, de revenir sur le contexte politique, social...

Florent Le Reste : Ce bouquin, je l'ai écrit dans le métro. À mes heures perdues. Je passe plus de deux heures par jour dans un tunnel, un jour je me suis dis que j'allais essayer d'en tirer profit, déjà pour moi-même. J'ai commencé à relater dans un carnet des anecdotes qui m'étaient chères, des souvenirs. Parfois obligé d'interrompre l'écriture : changements de stations, précarité de l'assise ; le style télégraphique s'est imposé. J'ai écrit et écrit au kilomètre, sans penser d'abord que j'étais en train d'écrire un livre, donc sans réfléchir à des styles prédéfinis ; sachant que j'ai une culture littéraire plus que pauvre ! Poussé par mon entourage, j'ai décidé de tenter l'édition ; en me replongeant dans mes carnets pour en faire un « vrai » livre, j'ai tenu à garder ce « style », mon style en tous cas. Il fait vivre l'histoire, le contexte, la mentalité, les actes de l'époque. Et la vision qu'on avait de tout ça...

Tout ça c'est l'histoire des quarante dernières années du Hip-Hop français, le sens culturel du terme. C'est aussi bien un roman autobiographique, un essai sociologique, une analyse politique de ces époques qu'on traverse au fil de la lecture... Bref, on a l'impression que tout est lié, qu'on le veuille ou non...

F.L.R. : On peut croire, parfois, que j'expose volontairement des clichés « chocs » dans le récit « Homeboy ...». D'abord il est important de savoir que toutes ces histoires sont vraies, j'ai vécu ces moments d'incohérences avec la vraie vie, des choses qu'on ne peut pas s'imaginer. Et le pire, c'est qu'avec le recul, je me dis qu'on était tellement insouciants, tellement des gosses finalement, qu'on a traversé des moments de traumatismes profond comme un rien. L'histoire du Hip-Hop est obligatoirement ancré dans un contexte social, politique, moral ; avec les stigmatisations que ça engendre : arrangements dans les années 80 entre le RPR et les « partis de gauche » pour instaurer deux courants, celui de la peur et de la répression et l'autre, le fameux social avec l'émergence des MJC, des collectivités de quartier qui au final n'ont rien représenté de nos vouloirs, de nos idéaux, jeunesse des quartiers montrée du doigt, dénonciation des courants alternatifs comme étant dangereux, le scandale NTM... Tout ça n'a qu'un constat aujourd'hui : la banlieue est la mieux préparée en cas de révolution. À force de vouloir soumettre, exclure, avilir, appauvrir, « ils » ont formé les meilleurs des soldats, qui n'ont rien à perdre, plus rien à espérer de l'état et de leurs représentants, juste des images dégradantes de violence, d'interpellation musclée, de bavures policières... ça crame dans les quartiers, et pas ailleurs.... On est de plus en plus propriétaires en France, mais toujours ailleurs. Nous on est juste de plus en plus rmistes, c'est tout. Alors le Hip-Hop...

Je cite : « Le Hip-Hop s'est bâti sur la misère sociale, sur l'abandon de certaines zones ». Au départ, ça paraît simple, le Hip-Hop est né de la violence, et l'a canalisé. Tu nous expliques finalement que c'est bien plus complexe que ça, c'est assez pédagogique en fait ?

F.L.R. : Le Hip-Hop est né de la misère sociale, économique, de la précarité des lieux de vie même neuf, d'un abandon éducatif et politique. Le Hip-Hop est né d'un besoin commun de cultures riches et d'intellectualisation, d'une volonté de quitter les étiquettes et les standards, quitte à se fabriquer, se forger seul, au delà du rejet des conventions établies qui t'écrase avant même d'ouvrir ta bouche, parce que tu viens de tel endroit, de tel quartier, montrer sa capacité à créer de la richesse, le désir de s'intégrer au plus profond d'une société qui ne fait que te rejeter et t'enfermer rapidement dans une case bien hermétique. La stigmatisation c'est depuis les années 60. Et elle va perdurer. Le mythe du conservatisme est bien ancré en chacun de nous, qu'on le veuille ou non la société fonctionne avec ses incohérences. L'alternance « gauche-droite » de nos gouvernements n'arrange rien, les politiques sont mauvais et perdent la tête et leurs principes au milieu de tous ces jeux de passe-passe. Jamais à notre avantage.

Quand Eric et Ramzy, plaident la mort du racisme d'ici 10 ans, dans un quatre-pages des « Inrockuptibles » ils n'ont pas vraiment raison alors ?

F.L.R. : Ouch !! Bêtise profonde... Mais c'est des humoristes non ? Plus sérieusement, le racisme fait partie de nous tous, chaque humain. Actuellement, la France et le reste du monde ne prennent pas vraiment le chemin de la mixité sociale. La France sait rappeler à ses fils d'immigrés, à tout moment, qu'ils ne sont pas vraiment chez eux. Le score de Marine Le Pen sera sûrement parlant aux prochaines présidentielles. Pour Eric et Ramzy, que dire ? Sinon, qu'ils sont aujourd'hui dans des sphères de vie tellement parallèles qu'ils ont oublié leurs racines, la banlieue. Mais attention quand je dis « chaque fils d'immigré » c'est eux compris.

Eric Zemmour, Hortefeux... Aujourd'hui les condamnations pour propos racistes s'exécutent beaucoup plus vite qu'avant. Une pratique de l'état pour asseoir son image cornée de pays démocratique ou apparition d'une réelle prise de conscience des juges ?

F.L.R. : Zemmour est en plein dans la machine médiatique. C'est un très bon pantin , qui sait faire le jeu de l'opinion. Avec brio. Il sait remettre fréquemment sur la table son adolescence passé à Drancy, son côté « Moi aussi, et pourtant », Il mélange les causes et conséquences pour expliquer certaines dérives. Son auditoire c'est une vieille France, cette droite traditionnelle, toujours réfractaire aux courants issus des quartiers populaires. Ce qui me fait marrer c'est qu'avec sa condamnation, c'est un sacré délinquant maintenant. Les médias, quitte à en faire trop c'est un très bon outil, simple et efficace pour arriver à 53,5% de vote pour Sarkozy. Je ne retiens qu'une chose de tout ça : leurs coups d'éclats alimentent la peur, qui justifie la répression, etc... Après, les juges...

Tu cites Serge Ayoub aka « Batskins », militant virulent d'extrême droite dans les années 80. Toujours actif ?

F.L.R. : Ce mec est arrivé sur le devant de la scène en réunissant des groupes de jeunes fils à papa, qui n'avaient rien trouver d'autres à faire que de venir casser du « bougnoule ». Le mot d'ordre (en gros casse toi c'est tout » ndlr) c'était vraiment extrême. S. Ayoub était un des rares à dire ce que beaucoup pensait tout bas, même le FN. Pour lui il était évident que les arabes étaient un problème, et qu'ils devaient tous être expulser... ou castagner. Aussi simple. L'ironie c'est qu'il est d'origine turc... Pendant un temps il est partie en République du Caucase, blasé de la montée fulgurante des « Zulus », incontrôlables pour lui. Il a fait partie des Skins d'Europe, du Parti Unitaire aussi ; fin 90' il a monté un bar assez branché sur Oberkampf (ex quartier populaire parisien, expulsion et réinvestissements à cette période pour « assainir » ndlr) avec pas mal de nostalgique de l'époque, Dans le 15éme arrondissement il y a « Le Local » aussi qu'il a fondé, lieu de réunion de fachos notoires.

Un sacré parcours ce Serge...

F.L.R. : Face à lui, à eux, le Hip-Hop nous a réunis, solidarisés, a permis dans les quartiers et ailleurs de créer une vraie mixité sociale, revendiquer nos savoir-faire, nos capacités d'auto intellectualisation, de dépassement de soi. Le Hip-Hop a été un véritable « RMI culturel ». Et le passeport pour s'arracher de nos stigmates. On a dès le départ souhaité s'intégrer, contrairement aux skins, ou même les anarchistes de l'époque (années 80' toujours ndlr), on avait des vraies revendications citoyennes, sociales, éducatives, pour arriver à l'égal de populations beaucoup plus favorisés que nous, plus désirés si l'on veut. Si j'écris la phrase « de la rue au Hip-Hop » c'est aussi que cette culture véritable à été une lumière pour beaucoup. Le « Peace, Love & Unity » nous a vraiment parlé, et on est allé au-delà des préjugés, compris et acté pour ces valeurs.

Ce fut une chance, lors de l'émergence du Hip-Hop en France, de ne pas connaître véritablement cette culture telle qu'elle était déjà vécu aux États-Unis ?

F.L.R. : Une chance, oui. Les précurseurs, en France, ont l'énorme mérite d'avoir acter avec passion, sans même alors imaginer toute le potentiel industriel et commercial qui pointait déjà son nez outre-Atlantique. C'est aujourd'hui la musique la plus vendue dans le monde, la première mode vestimentaire, etc... La première génération du Hip-Hop français c'est Lionel D., Dee Nasty, ... Le commerce arrive avec la 2ème génération hip-hop, c'est la naissance de groupes comme « Assassin » ou encore « IAM », on est quand même dans du vrai bon rap à la française, qui ne ressemble en rien au rap américain, qui s'est construit et vendu sans modèle antérieur.

En parlant d' « Assassin », il serait pas un peu « bobo », le père Rockin'Squat ?

F.L.R. : « Assassin » c'est la preuve de cette mixité sociale et de l'importance des valeurs qui sont défendues dans la culture hip-hop. Contrairement à des mecs comme Denisot qui a fait son beurre à l'apogée des années 90' ou encore Manœuvre qui a tenté de récupérer le Hip-Hop avec les éditions Larivière, « Assassin » a de suite compris la portée et l'ampleur de tout ça. Ils participent réellement à la construction de la culture hip-hop française. Le temps et le développement de leurs activités ont prouvé leur sincérité d'action. Par rapport à ça, si on regarde le paysage français, malgré toute la merde commerciale, on trouve des bonnes choses : Koma, La Scred Connexion, Ill, Ali ... font partie intégrante de ce paysage. À leur manière, ils restent engagés et militants et c'est important.

Dans ton livre tu parles rapidement des montées soudaines de l'islam et certaines de ses « dérives » si je puis dire. On peut faire un parallèle avec le business de la stigmatisation des « Illuminatis » (je vais pas me faire que des amis avec cette question).

F.L.R. : Les « Illuminatis », c'est rien d'autre finalement que la bête loi de la pyramide de Maslow. Il y en a en haut, pas beaucoup et en bas de la pyramide, beaucoup plus. Et on ne demande à cette masse qu'obéissance et consommation, et toujours plus. C'est un peu restreint comme choix de vie. Il est normal qu'un repli communautaire en découle. La religion est là pour canaliser ça. En grande partie. L'alternative c'est de se rendre compte de tout ça, le dénoncer, mais aussi agir pour que ça change. Un exemple : la Françafrique. Le continent le plus riche de ressources naturelles diverses et celui qui a le plus faim... et un nombre de croyants et de pratiquants monstre...

On a l'impression que tu ne parles que très rarement des femmes dans ton livre, et pourtant...

F.L.R. : ... Et pourtant faut remettre les choses à leur place, la femme est primordiale à la culture et aux fondements du Hip-Hop. D'ailleurs, l'un des chapitres de mon bouquin a été écrit par Queen Fatima Khaldi, une zulu, reconnue comme telle par Afrika Bambaataa. En France ils sont quelques-uns, hommes et femmes à représenter la Zulu Nation. On peut citer Queen Candy,... Queen Khaldi elle, est journaliste depuis plus de dix ans dans la presse spécialisée (musique). Elle navigue entre la France, les U.S., l'Algérie, ... Même si c'est vrai que je ne cite réellement qu'Erykah Badu comme prêtresse incontestée du Hip-Hop mondial, si on écoute un peu, le meilleur rappeur français est une femme, c'est Casey.

C'est donc la femme qui illustre le « featuring » dans ton livre, la notion de collaboration...

F.L.R. : Oui, La dédicace, la collaboration, le collectif, mettre en avant les siens. Ce sont des valeurs importantes ... et Fatima, de par son expérience, a une vision très juste de ce qu'on appelle maladroitement la presse « Black Music ». Je ne pouvais pas co-écrire ce chapitre autrement qu'avec elle.

Le Hip-Hop c'est « no future » ?

F.L.R. : Le Hip-Hop ne meurt jamais, il se régénère, c'est impossible autrement. J'ai hélas la nostalgie des débuts et surtout parfois l'impression que ça aurait pu avoir beaucoup plus d'impact. Pendant 40 ans le Hip-Hop a été une sous-culture, rejetée des lieux de pratiques académiques de l'art, de la culture, de la connaissance, ou relégué au seul rang de « culture des banlieues ». Aujourd'hui c'est graffiti dans les musées, merchandising à gogo. L'espoir est dans la continuité des combats, en commençant par le local, garder le mouvement hip-hop mouvant, pas lâcher l'affaire.

Une dédicace homeboy ?

F.L.R. : « Dédicace à la Contrebande 93, à tous les quartiers populaires, à la Seine-St Denis ».

 

CULTURE MUSICALE

MODA ET DAN

Lionel D, un des précurseurs du freestyle hip-hop – Disparu de la scène aujourd'hui il est une des nombreuses « victimes » de la commercialisation massives de la culture hip-hop. Beaucoup se demande aujourd'hui ce qu'est devenu cette légende vivante. On peut écouter les émissions Deenastyle de la grande époque radio libre.

Une de ces émissions qui réunie NTM / DeeNasty / LionelD / Assassins 

KOMA (FEAT. FABE)

ILL des XMEN

DIAM'S chante « Marine » en 2006, aux Vieilles Charrues, la madeleine de Proust pour nos futurs élections

Erykah Badu

http://www.erykah-badu.com/
http://fr.wikipedia.org/wiki/Erykah_Badu

Casey, sacrée meilleur chanteur rap par Florent Le Reste

https://www.youtube.com/watch?v=VIgQnx-Qrp8
https://www.youtube.com/watch?v=FCp2i7IDcuM&feature=related

 

CULTURE GRAFFITTI

93MC

http://canalstreet.canalplus.fr/arts/reportages/arts-de-rue-portrait-des-93-mc

JONONE

 

POUR ALLER PLUS LOIN

LA PYRAMIDE DES BESOINS DE MASLOW

http://fr.wikipedia.org/wiki/Pyramide_des_besoins_de_Maslow

« Allez demander aux responsables du CAC40 si ils ont réellement intérêt à ce que l'Afrique soit souveraine économiquement… » EKOUE.

Extrait d'une interview réalisé par Arte, après les « émeutes » des « banlieues françaises ».

USINE PALI-KAO

http://fr.wikipedia.org/wiki/Pali-Kao

AFRIKA BAMBAATAA

http://fr.wikipedia.org/wiki/Afrika_Bambaataa

ZULU NATION

http://www.zulunation.fr/
http://www.myspace.com/zulunationfrance

LA CONTREBANDE

http://www.myspace.com/93contrebande

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