Un beau samedi après-midi illumine la place de l'Opéra de Lyon, Les skates tracent des sinusoïdales sonores sur l'asphalte qui me berceraient presque vers une douce sieste bien méritée après avoir bravé les bouchons lyonnais... Mais pas très loin, posés discrètement, bouteille d'eau à la main et casquette vissée à la va-vite, j'aperçois Ekors et Kasper. Et ouais, juste là, le Monkey Theorem en puissance, aujourd'hui venu présenter l'exposition Mextrip du collectif La Contratak Prod, au Ninkasi Opéra.
Un chill verbal avec ses deux maniaks de la rime ça ne peut pas se refuser.
Comme on n'est pas stressé, et pas pressé, je propose aux deux lascars de me raconter la naissance du collectif Contratak - cash - parce qu'ils y sont bien pour quelque chose ...
« En 2001, on est encore au lycée » m'explique Kasper, « on ne connaît pas grand chose des fondements de la culture hip-hop et du graffiti. On est juste une bande de potes, comme pleins d'autres, qui s'amusent à piquer des marqueurs et s'approprier des bouts de murs. On a même conscience que c'est moche », se marre t'il, « mais on s'en fout. Tout ce qui compte c'est l'expression à l'état brut. Acter dans un courant encore flou pour nous, mais acter quand même. On n'est même pas un crew, on change de nom comme de chemises, on veut juste faire partie d'un mouvement d'expression qui nous parle et qu'on commence à regarder de loin.
À l'époque on n'a pas internet et ma foi on trouve pas énormément de presse ou d'infos sur le mouvement graffiti et plus largement sur le Hip-Hop. Mais on est à un âge où se revendiquer et s'approprier une culture même de manière bancale est primordiale ; alors on fonce....
Besoin de reconnaissance, de se construire une identité, de se rebeller. »
« Quand on y repense », coupe Ekors, « on était vraiment des sauvages et en même temps on était encore vierge de tout, des codes du tag et du graff certes, mais aussi vierge de contraintes stylistiques je dirais. On écoutait sans relâche l'émission Roots/Reggae/Ragga sur Skyrock. On a commencé à écouter du Hip-Hop en triant progressivement, le principal étant les bonnes "vibes" ! Naturellement, on a commencé à s'enivrer à base de ragga yaourt comme un besoin plus sérieux, qu'on a voulu alors structurer... Wouaw t'expliquer tout ça !? T'as pas un enregistreur » s'inquiète Ekors ? « juste ton stylo ? »
DU BEATBOX, DE L'ALCOOL, DU RAGGA & DU RAP...
« À la réflexion », dit Kasper, « j'ai (re)commencé à écouter du rap avec IAM, Cypress Hill, Wu-Tang aussi, NTM bien sûr... Fabe, la Skred Connexion... Je découvre Rahzel et j'essaye de l'imiter. Tel un autiste, je commence à faire des boom-tchak horribles avec ma bouche dans le tram. On commence à fouiner comme des fous dans tous les sens, on s'overdose de mixtapes en tout genre. »
« On peut citer Quality Street Tape II. Surtout le morceau un sur un million avec Para One, le Sept et Iris. C'est de là qu'on se rend compte de l'importance du texte... Bim ! et de l'écriture.... », complète Ekors.
« Faut dire on était des champions du freestyle-yaourt hein, on appelait ça le Yessaï-yo ! », rires de Kasper, « Mais même si on a commencé à chanter du ragga avant même d'avoir matière à dire, ces délires Hip-Hop nous ont amenés à se rendre compte qu'on pouvait aussi dire des choses sensées. Souvenirs encore brûlant d'impro rap, dans les toilettes de ce qui est encore à l'époque l'A.D.A.E.P. »
« Faut citer les "Radikal" à Gégé , note-le ça ! » rigole Ekors...
« Et puis il y a aussi la peinture... Les graffs qu'ont à commencé à vouloir imiter, suivre, explorer à Grenoble il y en a eu pleins. Sene2, Srek, le crew TNR, le LC (Nasde/Sphere/Hemis)... En parallèle de tout ça, Grenoble est une ville-test pour expérimenter une politique sécuritaire et nous en pleine phase de révolte. Les caméras, les nettoyages, les patrouilles, les lois, ça se durcit ; certains d'entre-nous font même un passage par la case "garde à vue" », ajoute Kapser.
