« Urban-Culture Magazine : Tour de rue »


Akhenaton et Imhotep se lâchent sur Urban-Culture Magazine !

Pour fêter l'arrivée du nouveau site d'Urban-Culture Magazine, nous sommes partis à la rencontre de ceux qui ont bercé notre adolescence : le groupe mythique marseillais IAM. À l'occasion de leur venue à Grenoble pour l'édition 2012 du Cabaret Frappé, nous en avons profité pour faire le point avec deux des leaders du groupe. Le chanteur Akhenaton et le DJ Imhotep se sont prêtés au jeu des questions et nous livrent leur coup de gueule du moment.

Akhenaton et Imhotep en pleine session autographe

Préparation à l'arrache, appel du service de communication l'avant-veille du concert, nous voilà en route pour l'anneau de vitesse, caméra au poing. Sur place, quelques médias locaux sont déjà là. On relit vite fait nos questions, on se marre en voyant la gueule de notre caméra comparé aux autres médias ... on se dit que l'important c'est le contenu, ce qui vient des trips, le reste... Akh, se pointe, petit échange de regards, sourire... Tout le monde se met en place. Nous passons en dernier ... cette fois-ci, c'est notre tour. Check-up, moteur, action !

"On peut faire de la culture avec le Hip-Hop, non ce n'est pas une sous-culture de quartier pourris pour les Noirs et les Arabes, on peut faire vraiment de la vraie culture avec le Hip-Hop !"

Quand Imhotep et Akhenaton se lâchent ça donne ça !

Une hallucination collective sur fond de chiffre divin agrémenté d'un petit coup de gueule sur le durcissement des lois sur le sample et la production musicale en France.

Hip-Hop 4 Life !

Réalisation : WC Productions
Montage : The Same

Un nouvel album en préparation qui, d'après la rumeur, s'inspirerait de l'œuvre du compositeur italien Ennio Morricone, que pouvez-vous nous en dire ?

AKH : Oui, ce sont des petites rumeurs qu'on va corriger très vite ! On s'est très vite aperçu que de faire tout un album avec des samples de musique de Morricone, c'était très cher. C'était génial mais c'était très cher. Tout simplement parce qu'il a fait des tas de BO mais qu'il les a signé sur des labels différents. On s'est très vite heurté dans les premiers tirances, on avait quasiment une quarantaine d'instrus qui étaient faites, à des demandes qui sont, honnêtement, pas réalistes pour nous et pas réalistes, tout simplement, pour de la musique aujourd'hui.

Va-t-on retrouver l'ambiance de Sad Hill avec Joe L'Indien, Blondin et Sentenza ?

AKH : Alors oui peut-être que tu les retrouveras mais ce ne sera peut-être pas avec la proportion de morceaux qu'on voulait dès le départ. J'espère qu'on pourra réussir à en garder quelques uns mais honnêtement, je ne peux pas te le garantir.

Après 25 ans d'IAM, comment aborde-t-on la création d'un nouvel album ?

IMH : Toujours de la même manière, c'est à dire avec l'envie de produire des instru' qui tuent et l'envie de trouver des textes qui déchirent et voilà. C'est le même moteur.

AKH : Et l'envie d'innover aussi. De respecter les goûts du groupe, les envies qu'on a, les expériences qu'on a envie de tenter. Je pense qu'aussi, ce qui fait la longévité du groupe, c'est le fait de se conformer exactement à ce qu'on pense et à ce qu'on veut. On n'a jamais fait ni de concessions, ni d'orientations musicales qui nous aient été désagréables ou qu'on n'assume pas. On a fait peut-être des choix qui sont très judicieux dans certains cas, et moins judicieux dans d'autres, mais en tout cas, c'était nos choix. Les gens qui aiment IAM se retrouvent dans cette optique là. Un évènement majeur dans la création chez IAM, c'est le durcissement des lois sur le sample, qui ont vraiment changé notre musique. On ne lutte pas à armes égales contre les américains puisque chez les américains, si tu écoutes ce qui sort aux US en ce moment, y a énormément de samples. Je ne sais pas comment ils tirent leurs samples, je ne sais pas comment économiquement ils font, tout ce que je peux te dire, c'est qu'ils vendent deux fois plus de disques qu'à l'époque où ils ont commencé à supprimer le cd, ils vendent deux fois plus de disques qu'à la fin des années 90, donc économiquement ils peuvent se permettre des choses. Nous, ici, on nous dit « c'est la Crise ! Mon dieu, qu'est ce qu'on va faire ? Oh on va réduire le budget »…

IMH : Non et puis c'est pas ça, c'est que les éditeurs, y compris la Sacem, les grands éditeurs n'ont pas cette culture du sample. Ils ne connaissent pas, pas tous, la musique afro-américaine. Ils ne savent pas que le hip-hop, c'est une des branches des musiques afro-américaines, qui arrive après le jazz, le blues, la soul, le R&B … Pour eux, ils voient sample, ils vont marquer IAM Sample et ils voient biffetons à côté. Ils ne voient pas du tout le côté création. Des fois, ils ont des demandes complètement exorbitantes : pour 2,5 secondes, ils te demandent 25000 euros de Master Used . C'est vrai que nous, ça nous a mis un coup à la tête à la fin des années 90, quand on a commencé à nous dire « oh les gars, on se calme avec le sample » et qu'on a commencé à se prendre deux, trois procès. C'est vrai que ça m'a un peu coupé dans mon élan, parce que, moi, la base de mon travail, c'était le sample.

AKH : Même moi … Ce qui y a, c'est deux formes de frustration qu'on a, à écouter des groupes et à savoir qu'on peut faire et on peut même très souvent mieux faire que ce qu'ils font mais ça passera pas parce que … Les lois sur le sample sont différentes aux US et en France. Ici, il y a le droit moral et tu peux être condamné à de très très lourdes amendes.

IMH : Même si tu ne vends pas de disques … Parce que nous, ça nous dérange pas de payer si on vend des disques, verser 10 %, 15 % … Aucun souci.

AKH : Même des fois 50 % ! Ça ne nous dérange pas, mais les gens qui nous vendent les samples demandent beaucoup plus …

IMH : Ils prennent la musique, plus une partie des paroles.

AKH : C'est une forme de frustration et d'énervement pour nous que de devoir être confrontés à ce genre de situation. C'est des questions de moyens. Même quand tu vois des groupes qui sont un peu en auto-prod aux US, comme la nouvelle vidéo de Tyler, The Creator avec Sam is dead qui tournait en format cinéma tu te dis voilà, nos équivalents américains en indé', ils ont quand même des moyens largement supérieurs et tu te rends compte qu'à l'époque, le Wu-Tang y compris, ils venaient chercher le réalisateur des clips de la Saga et de L'Empire du côté obscur parce qu'on faisait de meilleurs clips qu'eux. Maintenant, on a les idées mais on n'a plus les moyens de le faire. Clairement, on rencontre des fois des fans qui viennent nous dire « mais pourquoi vous ne faites plus des clips comme ça ? ». Mais des clips comme ça, je leur dis, est ce que vous vous rendez compte de ce que ça coûte de tourner en cinéma, d'avoir une équipe de 40 personnes qui travaillent dessus ? C'est tout simplement une question de moyens. Après je le dis clairement, nous, heureusement, on a une maison de disque qui nous fait confiance, mais le discours global des maisons de disques, c'est de réduire les coûts et dépenser moins.

IMH : Et ça donne du Star Academy, À la recherche de la nouvelle star …

AKH : Et voilà ! C'est qu'en France, on regarde en bas, les américains, eux, regardent en haut. Ils ont connu la crise mais ils ont continué à produire des trucs et à monter des spectacles prestigieux, ils ont continué à faire des grosses vidéos, à faire du marketing…Ici, pff, « préservons notre marge »… Et pareil, pour les inconscients qui téléchargent, ils ne comprennent pas que c'est aux artistes qu'ils touchent. Les français n'arrivent déjà même pas à comprendre qu'un artiste aujourd'hui, sur un disque vendu dans un grand magasin, c'est un artiste qui touche 70 centimes. L'argument qu'on entend chez les français, c'est « Ah ouais, on télécharge mais les artistes, ils sont milliardaires ». Les français ne se focalisent pas sur les gros distributeurs, sur les grosses maisons. Ça, ça ne les dérange pas que les riches en gagnent encore plus, c'est pas un problème, c'est normal…Mentalité de cerf !

Que pensez-vous du rap et de la scène hip-hop en France actuellement ?

IMH : Y a de tout, y a du bon, y a du moins bon. C'est vrai que le rap commercial ne représente pas tout le rap français à lui tout seul, il est même assez restreint en termes de qualité, de diversité. Mais en dehors de ça, y a des choses très intéressantes qui se font, même si ça passe pas sur les grands médias. Vous avez par exemple un petit groupe comme IAM, très sympa, ils ne passent jamais sur les radios, ni sur les TV mais ils font toujours le plein dans les concerts !

AKH : Nan à la télé, on passe... Non, pas nos clips !

Qu'écoutez-vous en ce moment ? Quelques titres ?

AKH : Non peut-être pas des titres précis mais moi j'ai écouté, j'ai eu en boucle plusieurs projets qui m'ont plu. J'ai bien aimé Stalley et sa belle journée, la mix tape qu'il a sorti (Savage Journey To The American Dream, ndlr).Il a changé de producteur en plus, mais la tape, elle est fantastiquement installée, c'est un rappeur que personnellement j'adore. […] Ça peut m'arriver d'écouter des trucs assez peu pointus, et comme on parlait de l'école new-yorkaise, j'ai bien aimé Black Belt Theatre de Planet Asia.

IMH : Immortal Technique, j'ai bien aimé ce qu'il a fait.

AKH : Et, le dernier titre de NAS, c'est monstrueux !

Quels artistes t'ont inspiré pour prendre le mic' ?

AKH : Personnellement, il y en a eu deux : LL Cool J et Eric B. (deux artistes West Coast, ndlr), c'est vraiment les deux qui m'ont inspiré au tout début.

Le featuring de tes rêves ?

AKH : Peut-être faire un morceau avec LL Cool J ou alors je suis peut-être passé à côté du featuring de mes rêves, j'aurais aimé faire un morceau avec Otis Mayfield, c'est quelques années trop tard, dix ans trop tard… Sinon, peut-être avec quelques De La Soul, même si y'en a beaucoup qui ont disparu.

Questions bonus des fans ! As-tu trouvé une réponse ultime à la signification du chiffre 7 ?

AKH : Ce chiffre là, dans toutes les écritures sacrées, que ce soit dans la Torah, dans le Nouveau Testament ou dans le Coran, c'est ce qui s'appelle le chiffre divin.

En parlant de divin, un petit mot sur ce qui s'est passé à Gizeh ?

IMH : C'est une hallucination collective !

AKH : Exactement, ça faisait ça. C'est le seul concert que j'ai vécu en tant qu'acteur mais aussi en tant que spectateur, j'étais dans la foule, pareil. Y a eu la schizophrénie ce jour là !

IMH : On a réalisé en voyant le dvd, enfin moi, j'ai réalisé ce que c'était en voyant le dvd.

AKH : Moi, sur scène j'ai réalisé. Je me suis tourné un moment donné, je voyais cet empire du côté obscur, le soleil passait des deux côtés des pyramides et je me suis dit wah […] Il nous en reste quelques uns qu'on veut faire en plein air : New York, parce que New York compte énormément pour nous. Par exemple, on a joué la semaine dernière avec Faf, mais vraiment faire un concert avec IAM dans un beau lieu à New York, faire aussi un concert au Japon et en Chine dans des grands grands lieux, voilà on serait content.

IMH : Fuck you shima ?!

AKH : Ah ouais ! Fuck you shima on l'appellerait le concert !! (Rires)

Un petit mot pour UC magazine ?

AKH : Pour tous ceux qui lisent le mag, qui regardent l'interview sur le net, voilà, continuez à faire et à écouter les bonnes choses !

IMH : Vous devriez en envoyer un peu au personnel culturel et politique de Marseille. Marseille 2013, prenez exemple, voyez, on peut faire de la culture avec le hip-hop. Non, ce n'est pas une sous-culture de quartiers pourris pour les noirs et les arabes, on peut faire vraiment de la vraie culture avec le hip-hop !

AKH : Je valide ça ! Moi, j'ai ma lecture ! (ndlr : en lisant le mag)

Quelques photos du concert, rêves de gosse ...

Vue d'ensemble

Akhenaton et Shuriken

Shuriken sur scène

Akhenaton sur scène

Saïd

Vue d'ensemble

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