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Les cris de révolte des pixadores

Pixadores de São Paulo

Direction São Paulo pour un mode d'expression unique. Pas du graffiti mais le Pichação, un mouvement né dans les années 60 contre la dictature brésilienne. Depuis 20 ans, il est réapproprié par des jeunes, principalement issus des favelas.

Ils escaladent les bâtisses en empruntant les escaliers de secours, se faufilent entre les étages ou remontent les gouttières à mains nus. Dans la pénombre de São Paulo, les Pixadores, en bande, envahissent les façades de la ville, des bombes de peinture coincés dans le jean. Perchés à plusieurs dizaines de mètres, ces jeunes tracent sur les murs des lettres noires, verticales et rectilignes. Chacun a les siennes : c'est le prénom ou le nom du groupe écrit en alphabet runique.

Pixadores de São Paulo
Crédits photo : Choque (http://www.flickr.com/photos/choquephotos/)

Ces inscriptions en lettre noir n'ont pas de beauté plastique : les Pixadores préfèrent le fond à la forme. Pixadores vient du verbe portugais pixar – appliquer la piche, le goudron mais aussi critiquer durement. Car pour eux, la ville est un grand cahier qu'ils remplissent de cris de révolte, reflet de leur malaise social. Un acte rebel pour choquer. Déranger ce système qui les a marginalisés. Et ces jeunes prennent des risques. Celui de tomber et de mourir. Ou d'être arrêtés par la police qui, racontent-ils, les frappe ou les peint.

Pixadores de São Paulo
Crédits photo : Choque (http://www.flickr.com/photos/choquephotos/)

En bas des tours qu'ils noircissent, les badauds sont parfois admiratifs mais surtout critiques. En 2008, les Pixadores ont fait la Une après avoir envahi et tagué les salons de la Biennale d'art contemporain. « La beauté, c'est le coucher de soleil », s'indigne le directeur du centre sur une vidéo.  « Ça, c'est de l'art ! Pas ce truc là, synthétique, puant, malfaisant ». Assis sur un escalier, un Pixador analyse : « Beaucoup trouvent les inscriptions laides. Il faut apprendre à voir leur beauté. »

Emilie Brouze

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