« Urban-Culture Magazine : À chipper, à chopper ! »


GoodStuff Anthems : un All Star Game du rap français à Annecy

Affiche GoodStuff

Le temps d'une soirée, la ville d'Annecy réunissait une floppée de rappeurs à l'occasion des deux ans de l'association GoodStuff. C'est notamment eux qui avaient organisé la première session provinciale de « Can I Kick It » (les soirées parisiennes considérées comme de véritables évènements du rap français), et qui ont réussi à faire venir un nombre impressionnant d'artistes dans la capitale de la Haute-Savoie, depuis Eklips jusqu'à Vicelow (une interview de ce dernier arrive d'ailleurs bientôt sur le site).

Pour le 18 Janvier, ils nous avaient annoncé « le meilleur des deux dernières années concentré en une soirée ». Avec le casting annoncé (A2H, Greg Frite, Némir, Busta Flex, Jazzy Bazz... On perdrait trop de temps à tous les citer ici, d'autant plus qu'on y reviendra plus bas), et les quelques surprises promises par les organisateurs, autant vous dire que ce All Star Game n'annonçait que du bon ! Retour chronologique sur plus de 4 heures de concert et une sacré brochette d'artistes, qui s'étaient spécialement déplacés pour l'occasion.

20h30

En arrivant au Brise-Glace, quelque chose me dit que j'ai bien fait de prendre mon billet en prévente en voyant la queue devant la salle. Il y a bien une centaine de personnes qui est en train de patienter à l'extérieur, et j'apprends que ce soir, le concert affiche complet. À quelques mètres de là, le bowl éclairé est encore occupé par les skateurs du coin ; par une température qui doit avoisiner les 0°C, l'image est insolite mais assez kiffante.
Quand j'entre enfin dans la salle, la fosse n'est encore qu'à moitié remplie pour le warm-up de Deejay Clean, un habitué des soirées hip-hop annéciennes.

21h

Le concert commence avec une introduction par les responsables de cette soirée, notamment Ali de GoodStuff, qui nous rappelle les noms présents sur l'affiche ce soir, mais expliquant aussi que « tout n'a pas été dévoilé » !
Le coup d'envoi est lancé par Nirmou, qui est directement venu de Genève pour présenter ses morceaux au public annécien. Avec le set du « MC helvétique », l'ambiance se réchauffe petit à petit, la salle finit de se remplir.

21h30

Premier nom réputé de la soirée, Greg Frite débarque sur scène avec le beatmaker Capten, son acolyte sur le projet €ur$up (première surprise de la soirée). Totalement dans son élément, celui qui répondait avant au nom de Black Boul n'a aucun mal à s'approprier le public. Il enchaîne quelques morceaux, dont le très efficace « Sa mère », qui trouve toute sa dimension en live.

21h45

Après un quart d'heure en solo, Greg quitte la scène (mais il repassera plus tard) pour laisser la place à A2H. Les annéciens sont chauds et le MC à dreads prend un malin plaisir à les faire participer (« Quand j'dis A2H vous dites espèce d'enfoiré ! »). Avec une bonne présence sur scène, on retiendra notamment l'hymne à la fumette « Fonscar » et le morceau « Laisse faire » en featuring avec Deen Burbigo, entièrement backé par le public.

A2H

22h10

Arrive celui qui était censé être le MVP de la soirée et qui a rejoint la line-up quelques jours avant le concert offrant une belle surprise à ceux qui avaient déjà acheté leurs tickets : Monsieur Busta Flex en personne.
L'ancien MC du IV My People alterne entre morceaux de son dernier album (La Flextape 93.8) et ses tout premier classiques comme « Pourquoi » ou « J'fais mon job à plein temps ». Malheureusement, le public annécien est jeune : la fosse est remplie aux trois quarts par des lycéens, qui ont découvert le rap à travers Youtube et les réseaux sociaux. Pour visualiser l'écart qu'ont ces jeunes par rapport à Busta, rendez-vous compte que ces derniers naissaient au moment où il commençait à poser sur les tapes de Cut Killer (aux alentours de 1994 et 1995). Le MC, qui se pose en old timer à l'occasion de plusieurs de ses morceaux (« J'suis né en soixante dix-sept / Regarde ma carrière et remballe ta disquette » dans « C'est nous les reustas ») n'est finalement repris que par quelques annéciens présents dans le public.

Busta Flex

22h40

Le relais est pris par Dabaaz qui, en solo, exécute quelques titres efficaces. Il est rejoint 10 minutes plus tard par Greg Frite pour faire revivre Triptik, le groupe qui les avait lancé dans les années 90 avec Drixxxé, séparé en 2004, puis reformé en 2010 avec DJ Pone.
Des morceaux comme « L'envers du décors » ou « Paname » parviennent à allumer la foule. Les deux complices finissent leur set avec Deen Burbigo aux backs. Déclaration de Greg : « Vous êtes bons Annecy, vous faites plaisir ! ».

23h10

Némir entre sur scène, accompagné de son backeur Gros Mo et le DJ/beatmaker Everydayz. Depuis sa victoire au BuzzBooster 2010, le Perpignanais est considéré comme une valeur sûre de la nouvelle scène du rap français, notamment au niveau de ses performances live, et autant dire que ce soir-là, il n'a pas fait mentir sa réputation.
Habitué des scènes provinciales, il est venu foutre le bordel et pour ça, tous les moyens sont bons : séance de sauts sur l'instru de « Jump Around » d'House of Pain et pogo dans la fosse au programme, tout ça avec l'enchaînement de plusieurs titres efficaces (comme « On block » ou « Ailleurs » en feat avec Deen étant certainement le point d'orgue du set). Il termine son passage en invitant Kenyon, surprise de la soirée. L'artiste rap et reggae-dancehall, vice-champion du Monde du End of the Weak 2011, enchaîne les impros en face-à-face avec Némir, chacun se renvoyant la balle en freestyle. Assurément un grand moment du concert.

Nemir

23h45

L'entourage, le collectif marquant de ces dernières années dans le rap français, arrive enfin pour clôturer cette affiche. Leurs représentants qui ont fait le déplacement ce soir sont Eff Gee, Jazzy Bazz, Deen Burbigo et Esso Luxueux.

L'Entourage

Au vu de leur professionnalisme, on comprend que les MCs ont largement dépassé le statut de groupe qui buzze. Le public reprend presque tous les morceaux performés sur scène, alternant entre projets collectifs (« Roule avec la Cool Connexion », « Les choses se passent »...) et solos. Mention spéciale à Eff Gee pour son morceau plein d'auto-dérision « Ennemi public », calibré pour le live (« Quand j'dirais Eff, vous direz tous Ta gueule ! »). Le passage de L'Entourage finit en apothéose avec l'interprétation par Jazzy Bazz de ses désormais fameuses « 64 Mesures de spleen ».

00h45

Tous les MCs de la soirée sont désormais sur scène, pour un joyeux bordel organisé. Certains freestylent, d'autres backent, filment ou se baladent leur verre à la main. Alors que les lumières se rallument, Greg Frite demande au public restant de faire un maximum de bordel pour l'association GoodStuff, qui a effectivement fait son taf ce soir-là et fêté son anniversaire en bonne et due forme.

À 1h, je suis finalement dehors. La neige qui tombe contraste un peu avec l'ambiance super chaude qu'il y avait à l'intérieur de la salle. Au final, une soirée avec très peu de temps morts, de nombreux artistes talentueux ou prometteurs, il semble bien que la soirée aura tenu toutes ses promesses. Le seul point négatif pour moi est venu du public, trop jeune (ou pas assez cultivé ?) pour avoir rendu à Busta Flex l'honneur qu'il méritait. S'il devait n'en rester qu'un, j'accorderais le titre à Némir, tant il a su jouer avec le public et allumer la scène annécienne. Big up à tous les artistes et longue vie à GoodStuff, en espérant voir de telles soirées pour de longues années à venir.

Rédaction :Val.
Photos : Charly Rosset

Les photos de la soirée GoodStuff Anthems

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