« Urban-Culture Magazine : Les doigts dans la street »


Interview de Vicelow : le rap, la danse, et l'avenir

On vous l'avait promis dans cet article-là, c'est désormais chose faite. On a rencontré Vicelow lors de son passage à Annecy en décembre, dans le cadre de sa tournée pour l'album BT2 Collector. Après l'aventure Saïan Supa Crew, le « noir à lunettes » a continué son chemin dans la musique avec ses deux Blue Tape, tout en développant parallèlement plusieurs projets dans la danse, avec l'évènement et le site internet I Love This Dance.

Vicelow - Portrait

Un parcours atypique qui nous plaît assez, chez Urban-Culture. On a donc eu l'occasion de faire le point avec lui sur ces deux activités complémentaires, et d'en apprendre un peu plus sur ce qu'il nous prépare dans les prochains mois.

Bon alors Vicelow, pour commencer, est-ce que tu peux...

Me présenter ?

Non, c'est bon ça, nos lecteurs te connaissent normalement. Et puis t'en as peut-être un peu marre de faire ton portrait à chaque fois (rires). Non, j'aurais aimé que tu nous parles de ta tape qui est sortie récemment, la BT2...

Alors, la BT2.0 c'était la version digitale, qui était sortie au mois d'avril (2012). Et là, j'ai sorti un CD, BT2 Collector début novembre. C'est un projet que j'ai fait avec soFly, mon beatmaker. On avait voulu faire un projet à la suite de la première Blue Tape qui était censé être un pré-album à l'époque, mais j'ai jamais sorti d'album entre temps. J'ai voulu rester dans la même couleur, toujours avec la même team.
Donc voilà : un rappeur et un beatmaker qui font un projet musicalement hip-hop. On l'a fait, on a invité d'autres artistes dessus, on s'est fait plaisir : soFLY s'est exprimé musicalement, j'me suis exprimé dans mon délire aussi. C'était aussi pour revenir sur le devant de la scène et pour ensuite arriver avec d'autres projets encore plus fat.

Justement sur ce projet on dirait que t'as vraiment mis les prods de soFLY en avant. Comment est-ce que vous avez bossé ensemble, comment est-ce que vous avez pensé les morceaux ?

Ça s'est fait de manière assez simple, parce que c'est vrai qu'on bosse ensemble depuis pas mal d'années, donc on se connaît. Y'a des choses qui se sont faites de manière très fluide et naturellement.
Après c'était pas compliqué, il avait les prods, je les écoutais... J'partais souvent des musiques. T'avais des sons qui étaient déjà presque terminés, juste un beat qu'il fallait travailler. Ensuite, j'ai quand même pas mal travaillé la réalisation des morceaux : tout ce qui est structure, les idées, comment amener le refrain... soFLY n'hésitait pas à me donner des idées pour des thèmes, et, ça s'est fait tout simplement.

Quand j'écoute la tape, j'ai l'impression que y'a pas mal de morceaux qui ont été réfléchis directement pour la danse, et pour la scène aussi...

Oui, ces dernières années j'évolue pas mal dans le monde de la danse, donc j'ai fait pas mal de choses, y compris au niveau son et musique. Tu vois, pour donner des sons précis, un morceau comme « Beat Sale » ou comme « Casse les Côtes », c'est des sons qui existaient déjà depuis quelques années et que je faisait déjà sur scène, dans des shows avec mes danseurs, et j'ai voulu les sortir dans un projet officiel. On a eu cette période où on faisait des sons qui tournaient dans pas mal de battles. Dans le monde de la danse, les gens ils connaissent déjà soFLY et ils connaissaient mes sons aussi, surtout dans la danse debout !

Cette année c'était justement la quatrième édition de « I Love This Dance », y'a le site internet aussi qui sert de plateforme à cet univers-là. Comment ça s'est passé ton entrée dans le monde de la danse ?

La danse, dans ma vie, ça a toujours été une passion. Depuis que je suis jeune, j'ai toujours été fan de Michael (Jackson ndlr), j'ai toujours kiffé des choses, même un peu moins connues. Je me suis plus dirigé vers l'aspect « rap » mais la danse ça a toujours été un trip, si on voit mes vidéos avec le Saïan, j'ai toujours tenté de danser, j'ai toujours fait le macaque sur scène (rires).
Donc voilà, ça a vraiment commencé après la scission du groupe : j'suis parti avec la première Blue Tape en 2007-2008, et j'ai fait une date aux présélections du Juste Debout 2008. J'ai proposé un show avec mes danseurs de l'époque, le RAF Crew, et les gens ont kiffé. Donc, je me suis dit « Tiens y'a quelque chose à faire ». J'étais agréablement surpris de voir que ça a eu autant d'impact et que les gens, même symboliquement, avaient vraiment kiffé la démarche. Donc, vu qu'ils avaient capté un peu mon univers, qui est quand même particulier, j'ai enchaîné les scènes.
Et de fil en aiguille, je traînais de plus en plus, à cette époque-là, avec pas mal de danseurs dans des soirées, des battles, et un jour y'a un gars du Comedy Club qui me capte « Vas-y, je sais que tu bosses avec des danseurs, tu peux faire une soirée carte blanche » (une soirée dont il choisit l'intégralité de la programmation) et c'est là que le concept I Love This Dance est né.
Ça a fonctionné, et c'est en parallèle que je me suis dit « Putain mais y'a pas de site internet, vas-y faudrait faire un site ». Ça s'est fait comme ça, et aujourd'hui, 3 ans après, ça a vraiment évolué, parce que pour pérenniser le projet, j'essaie vraiment de professionnaliser le truc. Donc ça fait que maintenant, depuis 2 ans, je fais l'évènement à La Cigale, y'a la version 2 du site qui devrait arriver en 2013, c'est pas mal de taf, mais comme je dis, pour que le projet perdure, faut vraiment faire le taff sérieusement.

Comme tu l'as dit, on te retrouve souvent sur scène avec des danseurs. Cet aspect de show, de proposer autre chose que ce qu'il y a dans l'album, c'est important pour toi ?

Ben ouais c'est important, parce que déjà d'une, l'univers que je propose dans la BT2, c'est un univers qui, pour moi, est aussi audio que visuel, donc c'est important pour moi de faire pas mal de vidéos, pour montrer un peu l'univers. C'est important aussi sur scène de ramener ce « plus ». Parce que je sais qu'il y'a des choses qui ne se font pas et que ça met encore plus en avant certains aspects musicaux.
Tout à l'heure on en parlait vite fait, ce qui est différent entre ce projet et un projet juste « rap », c'est que j'ai laissé parler la musique. La difficulté que je peux avoir quand je suis tout seul sur scène, c'est qu'à certains moments je sais qu'il ne faut pas rapper, il faut laisser le son parler. Donc c'est sûr que quand t'as les danseurs sur la partie instrumentale, ça prend une autre ampleur. D'où l'importance des danseurs dans le projet.

Et pour plus tard, est-ce que t'as des projets qui sont déjà définis ?

En projet audio, ouais, c'est de travailler sur mon premier album solo, que j'ai toujours voulu faire depuis des années. Et puis, dans la continuité de ce que je fais, poursuivre le projet BT2 en live pour 2013, pareil pour I Love This Dance. Mais après au niveau musique, ouais, là en début d'année, j'ai commencé à taffer sur l'album, j'ai déjà des thèmes de côté, j'ai des sons, mais comme ce sera un projet qui sera un peu autobiographique, j'ai des trucs de côté depuis 10 ans !
Après en parallèle, j'ai aussi un projet de DVD, mais faut que je trouve les bons partenaires. En gros, le projet va s'appeler « 30bis ». Je voudrais qu'avec le CD il y ait un docu autobiographique sur mon entrée, ma vision de la zikmu, du hip-hop, mon partage aussi dans le Saïan, ce que j'ai vécu, avec des images d'archives...

À propos du hip-hop, là en ce moment t'es dans le rap et dans la danse. Est-ce qu'on pourrait te voir un jour dans le DJing ou dans le graff, histoire de finir la boucle ?

Non non, moi j'ai vraiment pas fait ça pour dire « Tiens je suis hip-hop » ou « Ça c'est hip-hop ». C'est parce que ça fait partie de mon univers, et c'est au-delà du hip-hop. Je me suis mis à 200% dans mes projets danse, et quand je fais un truc, je le fais à fond. J'ai mis de côté la musique. Et, maintenant, j'équilibre mes projets rap et danse, parce que pendant longtemps on m'a dit « Ah, t'as arrêté le rap, t'es en mode danseur... » . Les gens ils n'ont pas l'habitude, le fait que d'autres personnes aient plusieurs casquettes.
Donc je comprend que les gens aient pu prendre le délire comme ça, mais moi, comme je te l'ai dit, danse-rap ça me suffit. Et puis, il y'a encore tellement de choses à explorer là-dedans... que voilà quoi !

Ton featuring rêvé ce serait lequel ?

Ah souvent quand on me pose la question, je dis le même truc, c'est relou : ce serait avec le Saïan ! (rires). C'est un truc qui pour moi aurait un vrai sens, la seule des collaborations, ce serait un truc avec mon crew de base !
Sinon, ce serait des collaborations que je vais tenter d'avoir pour mon album, et c'est plus des zicos. Des gens que j'ai rencontré. En 4 piges, y'a plein de trucs que j'ai fait sur scène, des gens comme Chuck D, avec des jazzmen aussi j'ai fait des trucs. J'ai rencontré pas mal de monde, et je peux faire un truc de ouf avec eux quoi !

Un peu comme Oxmo avec les Jazzbastards pour l'album Lipopette Bar ?

Non. Mais je veux vraiment qu'ils apportent un plus dans mon album. À l'image de la BT2 où j'ai invité pleins de rappeurs (Akhenaton, Deen Burbigo, Zoxea, Némir...), là ce sera un truc où je ne vais pas inviter autant de rappeurs, ce sera vraiment plus orienté vers des collaborations avec des zicos.

Est-ce que tu pourrais nous donner ton Top 3 danseurs ?

Ah ben je vais te citer ma team ! Donc je vais te dire Mufasa. Après si je dis Mufasa, j'vais être obligé de citer Deyvron (rires). Et après je vais dire, allez Didier Firmin, comme ça pour casser le truc, pour qu'il y ait un ancien... Je t'ai mis que des français du coup. Ah non putain, sinon y'avait Gucchon aussi. Bon bref, restons sur ça... (il hésite...)
Non non non, bon alors le Top 3 ça va être Gucchon en pop, Brian Green en house et... allez, Junior en Bboy, pour son parcours, et pour ce qu'il a fait au BC One cette année.

Et ton Top 3 artistes ?

Bon alors, j'vais prendre de l'ancien, dans les gars qui m'ont influencé, une valeur sûre comme Busta Rhymes. J'vais te mettre Kendrick Lamar pour un truc actuel. Et après on va aller sur un truc moins connu, j'vais te mettre un p'tit Chip Fu : le truc que j'kiffe bien qui est entre le reggae-roots et le hip-hop.

ndlr : Une vidéo de la soirée arrivera prochainement sur le site, dès qu'on aura réglé un problème de saturation. La voix grave de Vicelow et les basses ont fait un peu de mal au micro de la caméra...

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