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L'artiste du jour : Diseck

Diseck :: Tenace é Radioactif

Petite présentation pour nos lecteurs, d'où viens-tu, quel a été ton parcours ? Cela va faire combien de temps que tu trimballes tes bombes et ton rouleau sur les terrains vagues ?

Artiste de la cuvette grenobloise, j'ai commencé à peindre en 1995 par du graffiti pur et dur, et en rappant. Je fais partie des crews AJT, NM, TER. Ce mouvement émergeant (ndlr : le Hip-Hop) me plaisait et je voulais y contribuer. J'ai évolué vers différents styles et techniques de par mes voyages et rencontres, mais toujours en préférant la couleur au chrome.

J'aimais penser au rendu de mes photos vu que c'est la seule trace qui me restait, et, avec un jetable, les photos de nuits étaient difficiles, ce qui m'a dirigé vers des actions de jour, plutôt que de la création nocturne.

J'ai également réalisé quelques évènements mélangeant sport et culture urbaine.

Tu te définis plutôt comme appartenant à la scène graffiti, street-art ou autre ?

Je viens du graffiti, j'ai commencé comme beaucoup par le tag sur les tables d'école puis j'ai évolué. Aujourd'hui je peins et créais. J'utilise aussi bien des sprays que des pinceaux, tout comme j'utilise la photo et l'ordi. L'importance étant plus de faire et de se faire plaisir. Aujourd'hui, beaucoup d'outils sont mis à notre disposition et il est important de trouver ceux avec lesquels notre création va être la meilleure. Pour le reste, ce n'est pas moi qui définit les attributions.

Quels sont tes inspirations et comment définirais-tu ton style ?

Un peu tout ce qui fait notre vie.

En peinture, j'aime voir la scène mondiale, toutes les grosses surfaces qui se font en ce moment. Imaginer tes créations à grande échelle me fascine. Belin, Aryz, Mr.Kern, les Os Gemeos, Erase aux abstraits d'Azyle ou de Risk (MSK), il y a trop de monde pour les citer

Mon inspiration vient aussi bien des peintres anciens que des styles graphiques actuels.

Ça peut aussi être des scènes de vie quotidienne ou des personnes atypiques (ce sont eux les vrais pionniers de la mode selon moi).

Mais la nature reste la principale, par sa profondeur et ses jeux de couleurs.

J'ai plusieurs styles différents, donc compliqué de me définir. En général, je travaille l'image et l'espace, en essayant d'y ajouter mes couleurs et mes géométries pour l'embellir.

Est-ce que tu vis de ton travail ?

Mon travail est mon quotidien. Je vis pour ça.

Tu fais des collaborations avec d'autres artistes, qu'est-ce qui te plaît dans ces échanges ?

J'aime mélanger des styles et les univers des gens pour arriver à un ensemble commun. Beaucoup de gens travaillent sur de multiples supports, matières et de manières différentes. Cela nous permet d'étendre nos créativités à une simple surface plate.

La collab du siècle ce serait ?

Dali ou une fresque avec tous les TER et les NM réunis (aussi improbable pour les 2).

Qu'est-ce qui te fait avancer, qui te motives ?

De prendre des claques en voyant les peintures ou réalisations d'autres personnes. De voir mes défauts à la fin d'une peinture et savoir comment faire pour la prochaine. De me dire que l'évolution ne s'arrête jamais. J'aime pratiquer différentes disciplines, car comme le principe des vases communicants, les unes apportent aux autres et l'ensemble évolue de lui-même.

Qu'est-ce qui te plaît dans la création ?

L'évasion, un défouloir qui a un aboutissement. Aussi pouvoir exprimer ce qu'il y a dans les profondeurs de mon esprit. De donner une nouvelle vie à un espace en imaginant et le réalisant (même si les deux sont souvent différents). J'ai toujours été adepte de laisser une grande part à l'improvisation, la dynamique du moment présent. Travailler en amont pour être le plus libre possible le moment venu.

Parmi tes différentes réalisations, on retrouve une série de personnages... Pourquoi ces personnages ?

Il paraît que c'est un reflet de moi (ou autoportrait selon certains). Je m'en sers surtout pour balancer des critiques de vie. J'essaie de faire passer un message et chacun est libre de l'interpréter comme il veut.

Mes persos viennent d'une évolution de mes lettrages 3d. Voir les formes apparaître me plaisait plus que mes lettrages wildstyle.

Après ces persos me font rire, malgré leur expression souvent mélancolique. J'ai choisi de partir dans ces stéréotypes de caricature, car le réalisme, en reprenant des photos de magazine, à mon sens, manquait de créativité.

Et pourquoi ce choix de se diversifier de la bombe (ex : rouleau) ?

À la base, pour pouvoir atteindre plus de hauteur sans échelle, grâce à l'association de perches. Maintenant, c'est plus une recherche de textures et de matières, différentes de celles du spray. Le mélange des couleurs en direct permet d'avoir beaucoup plus de choix et de liberté de travail.

Un petit mot sur la scène artistique grenobloise ? Plutôt active ?

Active niveau vandale, à mort en ce moment, avec de plus en plus de bombes disponibles. J'aimerais que l'émulsion se fasse également au niveau de la couleur. Je trouve que malgré l'évolution positive de certain, ça manque un peu de style et de travail.

Le graffiti est de plus en plus accepté par les institutions, qu'est-ce que tu en penses ?

C'est dommage car souvent réduit à un aspect social (ex : cours d'initiation en MJC), pour faire découvrir de nouvelles activités comme on le ferait pour une activité karting ou une journée piscine. Depuis toujours, mon but est de le faire reconnaître en tant qu'Art. C'est un courant de notre histoire de la peinture où la production mondiale est immense.

Il faudrait aller plus en profondeur et enseigner l'art plastique et la musique selon les bases du Hip-Hop et donner envie de contribuer à faire avancer Le Mouvement … permettant de transmettre ce pourquoi on en est arrivé là.

Le graffiti se vit, plus qu'il ne s'apprend. Tu maquettes chez toi, tu pécho des bombes et tu sors t'exprimer en essayant de garder un peu de recul sur ce qu'il sort de tes mains.

Quel est ton regard sur le graff d'aujourd'hui et l'art en général, en comparant à l'époque où tu as commencé ?

À l'époque peu de gens connaissaient, pas de magasin de spray, pas de cap, le système D et la Barak.

Aujourd'hui c'est beaucoup plus facile de s'acheter un style, des lettres, des bonnes bombes et faire comme tout le monde. Beaucoup manquent de critique et pensent plus à leur ego qu'à évoluer. Mais certains s'en sortent très bien et font avancer les choses dans le bon sens en apportant toujours cette innovation. Malgré ça, je pense que la France reste en retard. Dans beaucoup de pays cet Art est descendu dans la rue et l'a envahie.

Dans quels pays, as-tu voyagé grâce à tout ça ?

Tous mes voyages sont liés à ça, ce sont les premiers bagages auxquels je pense.

J'ai passé pas mal de temps à Sevilla d'où est la famille Ninos Muertos ainsi qu'au Pays Basque avec les Timide Et Réservé.

Qu'est-ce que tes voyages t'ont permis de découvrir ?

Différents styles de l'évolution de cette culture. D'autres façons de voir notre quotidien.

Ta dernière expo était signée « Diseck est Henri Colomb », c'est qui Henri Colomb ?

L'autre côté du Gémeaux ou la schizophrénie pour certain. J'ai simplement choisi de différencier la peinture de la photo dans mon travail. Diseck pour la peinture et Henri Colomb pour la photo. C'est aussi un jeu sur les identités avec lequel j'aime m'amuser. Aujourd'hui je réunis les deux sur un nouveau projet de photos et bodypainting : Sweet Art [ Clothing Painting ].

Un petit mot de la fin ?

Merci, à toi, aux personnes qui ont pris le temps de lire, ainsi qu'à ceux qui s'obstinent à faire avancer les choses dans le bon sens...

Si certains désirent en savoir plus, je réalise jusqu'au 12 Février 013 une expo "jeu de couleur" au salon de coiffure "Adult'hair", 37 rue Gabriel Péri, 38100 Grenoble.

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