« Urban-Culture Magazine : Les doigts dans la street »


L'Europe du hip-hop, troisième.

Après l'Italie, la Hongrie, la Pologne, l'Espagne, la Suède, l'Autriche, l'Allemagne et l'Angleterre, ce sont les Balkans qui ont été à l'honneur lors de la troisième édition de l'Europe du hip-hop. Ils étaient une trentaine, venus tout droit de Serbie et de Croatie, à partager cette semaine d'échange.

Europe du Hip Hop

Venez goûter à la liberté avec nous

Ils, elles, étaient graffeurs, breakers, MCs, parfois les trois. Si une grande partie de leur séjour grenoblois s'est concentrée sur un travail autour d'une création commune, chaque participant insiste sur l'importance de tels événements pour le contact humain et artistique qui s'instaure.
Différentes nationalités, générations, histoires, influences, pratiques se sont connectées cette semaine à Grenoble.

L'aventure de l'Europe du hip-hop a commencée en 2011, avec l'idée de mettre en place un projet pérenne : créer une plate-forme européenne pour le développement culturel du hip-hop, et regrouper différentes organisations. Skad, l'organisateur à l'origine de l'événement, et son association Total Session, travaillent avec l'Union Européenne depuis 2004 sur des projets mettant en lien la jeunesse et le hip-hop grâce au programme "Youth in action" de l'Europe.

He is not bboying, he is a bboy.

Le hip-hop est viscéral, ça te tord les entrailles. C'est pas l'activité du dimanche après-midi quand tu t'ennuies et que jouer au Scrabble ça te botte plus trop. Alors du matin au soir, ils étaient là, à répéter, à apprendre, à échanger. Ils sont tombés dedans il y a 3, 10, 25 ans, peu importe… Tous ensemble unis dans une osmose, un souffle créateur. Les valeurs du hip-hop sont une clé pour le développement culturel, rappelle Skad. L'expression libre, le cypher, c'est ce qui séduit les gens et les amène à s'investir autour de cette culture : « L'activiste hip-hop ne fait pas de l'art pour dire, il fait de l'art pour être ». Envisager sa vie sans le hip-hop ? Hors de question. Xedo, bboy italien, participant de l'édition précédente et de retour à Grenoble pour revivre l'expérience, explique ne pas pouvoir survivre sans la danse.

Europe du Hip Hop

Hip-Hop non-stop

Du 19 au 23 octobre, ils ont infiltré le paysage grenoblois au travers de plusieurs événements : jam Soul Circle à la Bifurk, Base Art d'Europe organisé par Wazacrew, carton session pour la soirée d'ouverture du festival Vous Êtes Bien Urbain… et le mercredi 23 octobre, les grenoblois grelottants ont découvert leur création au Jardin de Ville lors de la journée « Safari Urbain » : une collaboration entre DLC, Kespar, Christiano Can, Projay, MC Kriké, Eric, More, Ticsi, Vesty, Hermes, Remzouz & Mr Angel, ainsi qu'une choré réunissant tous les danseurs présents cette semaine. Création réalisée en une semaine dans un rush productif, qui les a amenés à être plus inventifs et spontanés, comme le fait remarquer Nezoob, un activiste serbe. Le clip tourné à l'occasion par S-Kro S International mêlant rap, danse et graffs de Srek et LKS1 arrive bientôt sur la page de cet article.

Ouverte au public sur l'ensemble de la semaine, l'Europe du Hip-Hop était surtout faite de workshops, de sessions graff, de freestyle entre serbes, croates et grenoblois. On peut quand même regretter que peu de breakers français aient participé à l'échange, en dehors des événements publics.

Europe du Hip Hop

Total session in Serbia ?

Skad explique ce focus sur les Balkans par les affinités particulières qui le lient aux activistes de cette région du monde. Il a rencontré Nezoob lors d'une session graffiti à Belgrade, et l'idée d'un projet ensemble les a vite réunis. « Leur façon de vivre le hip-hop est plus authentique » dit-il. Un rappel aux sources mêmes du hip-hop et à son besoin de liberté.
Cependant pour Nezoob, un renouveau du hip-hop en Serbie est indispensable. Les 20 dernières années ont été très difficiles, notamment à cause des différents conflits. Aujourd'hui, beaucoup de Serbes ont arrêté la pratique car ils n'étaient intéressés que par la célébrité et l'argent. De plus, on n'y retrouve presque aucun échange entre les différentes disciplines du hip-hop, à l'exact opposé d'un festival tel que l'Europe du hip-hop. C'est aussi pour ça que Nezoob est venu à Grenoble, pour construire des liens entre les différents activistes.

Pour AtomicRoc, breaker et leader du groupe croate, l'intérêt de venir en France reposait sur la nécessité de découvrir d'autres formes d'organisation du hip-hop, mais aussi d'amener une saveur nouvelle sur la scène française. Il rapporte l'enthousiasme des participants, le fait qu'ils aient vécu le hip-hop comme jamais auparavant.

Europe du Hip Hop

Le projet de Total Session s'est fondé de cette manière, sur un ancrage européen, mais ce n'est pas pour ça que l'association souhaite instaurer une « marque de fabrique ». L'Europe du hip-hop est un concept qui peut s'exporter, même sans être sous l'entité Total Session. Si un projet comme celui-ci voit le jour en Serbie, il sera porté par les activistes locaux.
Plus la société s'est développée, plus elle s'est déshumanisée, explique Skad, et si l'humain ne fait plus partie du processus, alors le hip-hop perd son essence. L'Europe du hip-hop c'est aussi montrer qu'un renouveau est possible. Hip-hop is not dead.

Photos et texte : Mélissa Leroux

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