« Urban-Culture Magazine : Les doigts dans la street »


La convoc' Inside - L'Histoire d'un autodidacte

À 28 ans et déjà directeur de publication depuis quelques années, Axel Foucheriq est un ovni dans le monde de la presse. À la base développeur web et sans aucune formation liée à l'édition ou au journalisme, il opte en 2007 pour la création d'un média regroupant l'ensemble de ses passions et des cultures ayant trait à la ville, en surfant sur la mode des blogs de l'époque. Depuis, Urban-Culture s'imprime et s'exprime. Rencontre avec son créateur.

Parkour & lightpainting avec Jadikan

Tu peux te présenter rapidement ? D'où tu viens ? Comment tu as commencé ?

Je suis originaire de Grenoble et pratiquant actif de skateboard et de parkour depuis mon adolescence. Je me suis initié récemment au graffiti sur les terrains vagues de ma région, pour le plaisir de mettre un peu de couleurs sur des murs gris dégueulasses. J'ai toujours été fortement imprégné de la culture hip-hop. En 2007, j'ai obtenu une licence professionnelle en alternance au libellé gourmand : MIAM ! (Métiers Internet et Applications Multimédia) et un DUT Informatique (Option Génie Informatique) en 2006. Après un court passage en agence web, un autre plus long chez 1997 média (une bonne école !) et devant la pauvreté des titres existants, l'idée de lancer son propre support sous la forme d'un magazine dédié s'est imposée.

Alors Urban-Culture, c'est quoi pour toi ?

C'est à la fois un webzine et un magazine papier gratuit à périodicité aléatoire (jusqu'à présent !) dédiés aux cultures urbaines et à destination des 20-35 ans. L'orientation du magazine sur le thème des cultures urbaines et contemporaines permet à de jeunes artistes, musiciens ou sportifs en pleine ascension de se faire connaître et il permet aussi de promouvoir des projets, des actions ou revendications. On touche au secteur de l'info et des loisirs. L'idée c'est de couvrir les sujets du moment au sens large sur les cultures urbaines et selon les moyens à dispo.

Comment as-tu sorti les premiers numéros papier ?

Par passion et jusqu'à présent principalement en auto-financement. En asso', c'est plutôt difficile de lever des subventions surtout dans le secteur des cultures urbaines où les clichés sont légion : « culture de quartier » ou « sous-culture », avec une presse traditionnelle qui n'hésite pas à sauter sur la moindre occasion pour faire du buzz négatif ou du racolage… notamment au niveau de la culture hip-hop. J'ai eu quelques financements de type prêt à taux zéro de personnes suivant le projet de loin et finalement mon principal financement provient de... Pôle Emploi. Ce sont les allocations chômages qui m'ont permis d'avoir assez de temps pour mettre en place les bases et une aide d'un organisme public, l'ADIE, auquel j'ai emprunté 5000 euros.

Quels sont les valeurs que tu revendiques et que tu souhaites véhiculer en publiant Urban-Culture à la force du poignet ?

Des valeurs de partage, de paix et de connaissance pour tous. Montrer la diversité des cultures urbaines et changer les mentalités la concernant. Montrer la beauté et l'énergie des acteurs de ce milieu. Et faire passer le message suivant : La culture urbaine n'est pas une sous-culture de quartier pour les « noirs » et les « arabes » mais bel et bien une culture à part entière qui touche toute personne vivant dans une ville ou dans un milieu urbain. Des valeurs que j'espère transmettre au quotidien via les articles en eux-mêmes, la ligne éditoriale, les réseaux sociaux, les messages que l'on poste...

Mais UC, c'est régional ? National ?

On est international ! Non sans rires, à la base je couvrais plutôt la scène locale, puis petit à petit, par flemme, manque de temps et organisation un poil bordélique, j'ai raté des évènements locaux et j'ai couvert par opportunité des évènements régionaux puis nationaux. Le web n'ayant pas de frontière, j'ai été sollicité pour des articles sur des sujets bien loin de chez moi. Et de fil en aiguille, je me suis retrouvé avec des report de voyage à Bali, des portfolios de graffiti à Melbourne, Montréal ou des portraits d'artistes à Tahiti. C'est ça aussi la force et l'impact du web. Pas de frontières.

Quelle est ta stratégie de communication ?

Le magazine papier est un bon support de communication à lui tout seul, même s'il n'est pas édité aussi souvent que je le souhaiterais. Sinon, je communique sur le fait que c'est un magazine urbain fait par des passionnés pour des passionnés. Comme mon secteur est fortement lié au web, la plupart de la communication se fait sur la toile, via les réseaux sociaux et notre website, les partenariats éditoriaux ou avec d'autres sites, les échanges de liens, les jeux concours... Et, un peu de publicité en ligne. Mais surtout, elle se fait grâce à un gros travail de référencement.

Ton job : ça consiste en quoi exactement ?

Vaste question … Pour le moment je suis un peu sur toutes les brèches ! Jusqu'à présent je gérais quasiment tout : compta, gestion du serveur, développement du site, rédactionnel, prospection d'imprimeurs, vente d'espaces publicitaires, partenariats, relations publiques, paperasse... Bref un vrai casse-tête. Mais maintenant que je commence à m'entourer, que le projet commence à fédérer du monde, j'essaye de plus déléguer. Mais aucune décision n'est prise sans mon consentement et je reste seul maître à bord côté développement, gestion du site et serveur. Côté commercial, je délègue intégralement avec quelques orientations sur les prospects à viser. Autonomie à 100% une fois la grille tarifaire en place et le commercial imprégné de l'esprit du magazine. Pour l'instant, je définis les grands axes de notre ligne éditoriale et les sujets à couvrir, chaque rédacteur choisit ses sujets et peut aussi en proposer. Je m'occupe encore de la mise en ligne mais à terme, je vais ouvrir l'administration du site, pour que les rédacteurs puissent mettre eux-mêmes en ligne leurs articles. Ça me permettra de me libérer un peu de temps.

Parkour & lightpainting avec Jadikan

Comment te définirais-tu en tant que boss ?

Je n'ai pas de vrais salariés, donc y a pas vraiment de patron. Je travaille avec des collaborateurs, d'égal à égal. Le rapport de hiérarchie se fait à la cool, un peu comme dans une start-up. Chacun sa tâche et ses compétences, je délègue au maximum quand je le peux et je fais confiance en la personne compétente pour tout ce qui sort du rédactionnel. Je suis du style plutôt bosseur, qui n'hésite pas à bosser le week-end et la nuit jusqu'à 6h du mat'. Plutôt sociable et ouvert d'esprit, j'ai un côté perfectionniste, j'aime bien quand les choses sont bien faites, ce qui peut causer des problèmes ! Ca peut arriver que je sois de mauvaise humeur si je n'ai ce que je veux quand c'est urgent. Je bosse souvent à distance avec mes collaborateurs et cela se passe bien. Je donne mes directives et j'attends les retours. J'aime bien lâcher du lest, leur laisser du temps et ne pas trop leur donner de contraintes pour obtenir le meilleur d'eux. Il n'y a jamais vraiment eu de conflits pour le moment. Des divergences d'opinions plus... mais positives : qui amènent à réfléchir sur le problème et trouver une solution intéressante. Je mets du temps à les choisir mais quand j'en tiens un, je sais que je ne vais pas être déçu.

Comment recrutes-tu tes collaborateurs ?

C'est par mon réseau proche et au hasard des rencontres. Les nouveaux graphistes qui travaillent sur la nouvelle identité visuelle sont des amis d'une vieille connaissance de lycée que j'ai revue par hasard en soirée, soirée qu'il organisait avec son collectif d'artistes. Souvent aussi par contacts interposés ou des candidatures libres reçues via le formulaire du site ou les réseaux sociaux.

Qu'attends-tu d'eux ?

Pas spécialement de formation pour le côté rédactionnel, il faut juste qu'ils soient motivés, que leurs « patte » perso me plaisent et surtout qu'ils connaissent bien le milieu des cultures urbaines. À terme, j'aimerais travailler aussi avec des contributeurs influents qui viendraient étoffer ponctuellement l'équipe rédactionnelle. Idem côté commercial, je préfère un commercial débutant qui a déjà des contacts dans le milieu des cultures urbaines qu'un commercial chevronné en vente de portes et fenêtres. Et étant moi-même autodidacte, j'opte plus souvent pour un passionné débrouillard qui sera bon dans son taff que quelqu'un sortant d'une grande école avec zéro expérience et un ego surdimensionné. Après côté développement informatique, c'est plus délicat. Une formation de base en développement web est nécessaire. On peut trouver la perle rare autodidacte mais c'est plus compliqué.

Pourquoi une refonte du magazine aujourd'hui ?

Simplement parce qu'il était temps ! Parce que ça faisait un moment que cela n'avait pas bougé par manque de moyens. Et face aussi à des retours de proches lecteurs, qui trouvaient par exemple la maquette du magazine ou le site un peu trop 'amateur' et les sujets pas assez variés et/ou trop répétitifs à la longue. Le magazine avait besoin de fraîcheur et on n'a pas voulu prendre le risque de le laisser s'essouffler Et aussi, après six ans de débrouillardise et de tests, j'avais envie de passer la vitesse supérieure, de passer du statut de fanzine semi-amateur à une image de magazine.

L'élément déclencheur ?

Fin d'année dernière, grâce à la rencontre avec des graphistes de la région qui commencent à bien tourner, j'ai décidé de reprendre la maquette du magazine pour en faire quelque chose de plus pro. On a donc travaillé ensemble sur l'image du mag et ils m'ont invité à revoir la ligne éditoriale pour identifier des rubriques régulières et fixes et pour partir sur des bases neuves et propres, un peu plus organisées ! Déjà à l'époque, le passage d'un site web statique pas forcément joli esthétiquement à une deuxième version un peu plus professionnelle m'avait permis d'être pris un peu plus au sérieux et de pouvoir couvrir des sujets plus intéressants et moins locaux, d'avoir des contacts avec des personnes reconnues du milieu et d'ainsi obtenir un poil de reconnaissance. Les changements annoncés aujourd'hui vont sûrement faire grincer quelques dents, car je vais m'éloigner un peu de l'image actuelle du magazine, esthétiquement parlant, pour aller vers un graphisme un peu plus typé, dans l'esprit de WAD ou Vice, peut-être un peu plus éloigné de l'esprit fanzine « underground » du début. Mais c'est un changement nécessaire, pour à terme, réussir à obtenir des budgets publicitaires conséquents, commencer à pouvoir payer tous les collaborateurs, souvent bénévoles pour l'instant, et commencer enfin à en vivre.

Et pour la suite ?

Dans un futur proche, mettre l'accent sur l'évènementiel : expositions, concerts, festivals... et la vente en ligne de produits dérivés. À terme, une prise de locaux officiels, la réalisation d'une version multilingue, avec en priorité l'anglais et l'espagnol, la couverture de la scène internationale (Amérique du sud...) et la possibilité de pouvoir salarier un commercial à temps plein d'ici deux ans. Après, viendront le développement web et les apports de projets. Je vais essayer de revendre mon système de gestion de contenu à des personnes souhaitant mettre en place un nouveau média en ligne sans passer trop de temps dessus, une sorte de pack clé en main. J'ai déjà potentiellement des clients sur des marchés de niches... Et dans un futur assez lointain, j'aimerais décliner le magazine sur d'autres secteurs...

Le pied, ça serait ?!

Dans l'idéal, ça serait de perdurer assez longtemps et grossir suffisamment pour pouvoir salarier une équipe rédactionnelle : deux rédacteurs locaux, cinq rédacteurs nationaux et moi qui partirait six mois de l'année autour du monde pour ramener des reportages et des articles de la scène mondiale... Oui, on peut toujours rêver, mais je ne lâcherai pas !

Who's The Boss

Crédits photos lightpainting : Jadikan

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