« Urban-Culture Magazine : Tour de rue »


La convoc' outside - Rencontre avec Jérôme Coumet, maire du 13ème arrondissement de Paris

Un peu avant l'été, une de nos rédactrices avait rédigé un petit article sur Jérôme Thomas et son amour du trait. Par le hasard des choses, un de nos lecteurs, Tonio, qui avait lui aussi réalisé une interview de Jérôme Thomas sur son projet SKY IS THE LIMIT, un documentaire basé sur la renaissance du muralisme avec la nouvelle génération -que nous avions partagé sur Facebook-, nous offre littéralement sur un plateau une publication croisée avec son site World Street Art by Elcommendatore pour clôturer le dossier. Entretien avec un politique.

Pouvez-vous vous présenter et nous expliquer votre parcours avant de devenir maire du 13ème arrondissement de Paris ?

Jérôme Coumet : J'ai l'habitude de dire en plaisantant que j'ai fait la 4e voie de l'ENA : l'École Nationale… d'Affichage ! La politique, je suis tombé dedans très jeune et j'ai adhéré au PS alors que j'étais lycéen à Claude-Monet. De simple militant, j'ai pris des responsabilités au fil des ans. Je suis devenu élu en 2001 puis maire du 13e arrondissement de Paris.

Pourquoi une telle implication dans le développement du street art dans le 13ème ?

Jérôme Coumet : Cette tradition est plus ancienne qu'il n'y paraît puisque l'association « Les Lézards de la Bièvre » avait initié l'intervention d'artistes de rue à l'occasion des portes ouvertes des ateliers, avec par exemple Miss Tic et Némo. De mon côté, j'avais l'obsession de rendre plus visible le caractère artistique du 13e où se trouvent de très nombreux ateliers. Enfin, j'ai fait la rencontre de Mehdi Ben Cheikh qui a ouvert la Galerie Itinerrance dans le 13e avec qui nous avons initié de nombreux projets.

Est-ce que ça a été difficile de convaincre les gens, au début, de parier sur une pratique qui n'avait pas une bonne image ?

Jérôme Coumet : Oui, évidemment. L'engouement pour le street art est venu plus tardivement et, pour les premiers projets, il y avait l'inquiétude de choquer ou de cautionner les tags. Et comme tout ce qui est nouveau, il est toujours compliqué d'initier des choses nouvelles.

Comment réagissent les habitants de votre arrondissement maintenant ?

Jérôme Coumet : Dès les premiers murs, nous avons associé les habitants, fait de la pédagogie et ainsi nous avons pu bénéficier du soutien des habitants. Au delà des idées préconçues, les publics sont très variés. Les premiers soutiens furent des mamies du quartier qui dès le matin emmenaient le café à l'artiste. Bien entendu, la médiatisation nous a aussi aidé. Et j'aime quand des habitants me disent avec fierté : « j'habite l'immeuble du « chat » de C215 ou de « la résistante » d'Obey…

C215 - Le Chat - Photo : Sandrine DucrosParis Street-Art XIIIème - Photo : Laura MatescoParis Street-Art XIIIème - Photo : Antoine Quaglia

 

Sont-ils impliqués ?

Jérôme Coumet : Nous avons la volonté d'impliquer systématiquement les habitants du quartier. Généralement, l'artiste présente plusieurs esquisses et les riverains votent pour choisir l'œuvre qui sera réalisée. Nous avons aussi associé des écoles pour certaines interventions.

Facebook, Twitter, vous êtes aussi très actif sur les réseaux sociaux en partageant des infos toujours relatives au street art. Une vraie passion que vous aimez partager ?

Jérôme Coumet : Je crois que ces nouveaux médias permettent aussi un peu plus de liberté. Je n'y dévoile pas ma vie privée, mais je partage un certain nombre d'émotions, de découvertes et d'expositions qui m'ont marqué. Cela ne se limite pas au street art et, bien évidemment, cela ne m'empêche pas de m'exprimer de manière plus « officielle » dans les réunions publiques ou le journal municipal.

Comment avez-vous développé votre partenariat avec la galerie Itinerrance ?

Jérôme Coumet : La vie est faite de rencontres. Et le travail ou les partenariats n'excluent pas des relations amicales. Les représentants politiques ont de plus en plus peur de la polémique qui va leur faire perdre les élections. Je pense au contraire qu'il faut parfois oser quitte à revenir en arrière en reconnaissant ses erreurs. Et quand votre chemin croise quelqu'un de passionné comme Mehdi Ben Cheikh, c'est une chance à ne pas rater ! Mais, sans mauvaises comparaison, c'est vrai aussi pour Xavier Niel, PDG de Free qui a choisi le 13e pour y implanter la plus grande pépinière mondiale d'entreprises du numérique…

Avez-vous eu la possibilité de visiter la Tour Paris 13 ?

Jérôme Coumet : La Tour Paris 13, je l'ai non seulement visitée à de nombreuses reprises mais j'ai eu le privilège de la voir se réaliser avant qu'elle ne soit ouverte au public puisque la Mairie du 13e s'est fortement impliquée dans sa réalisation en permettant notamment qu'elle puisse être ouverte au public ce qui n'était pas gagné d'avance… Et, je suis devenu l'un des guides attitrés pour accueillir, aux côtés de Mehdi, toute une série de médias du monde entier ou de personnalités comme le Premier Ministre, la Ministre de la Culture ou encore Anne Hidalgo. Et j'ai adoré me transformer pendants quelques semaines en guide de musée !

Quant on agit autant pour la mise en avant du street art, comment lutter également contre le graffiti « vandal » qui reste à l'origine de cet art ?

Jérôme Coumet : Tout ce qui est peint à la bombe n'est pas du street art, comme il ne suffit pas d'avoir des pinceaux en main pour devenir Léonard de Vinci ! En tant que Maire, je développe les murs peints et je lutte contre les tags. Je n'y vois aucune contradiction. D'ailleurs, je constate même que des murs souvent tagués sont ensuite respectés quand ils accueillent des fresques.

Que pensez-vous de la direction que prend le street art à l'heure actuelle ?

Jérôme Coumet : Le street art est en vogue. Cela donne plus de libertés à certains artistes qui peuvent vivre de leur art. Ce peut être parfois une fragilité comme tout effet de mode. N'oublions pas une réalité simple : le médium, en l'occurrence la bombe de peinture, n'assure pas la qualité artistique.

Des artistes que vous suivez particulièrement ?

Jérôme Coumet : Tous ceux qui sont intervenus dans le 13e… Et sur Twitter, je relaie uniquement les œuvres ou les artistes qui me touchent. Mais ma passion de l'art ne se limite pas au street art ! J'ai de nombreux amis artistes comme Combas, Yan Pei-Ming, Richard Texier, Wang Du… Je connais et j'apprécie beaucoup les peintres de la Figuration narrative (le Pop art français) ou encore nombre d'artistes du 13e. Chacun a ses passions. Pour ce qui me concerne, c'est la peinture et l'art contemporain.

Des artistes que vous aimeriez voir dans le 13ème ?

Jérôme Coumet : Ils sont nombreux, mais je vais me contenter de citer un seul d'entre eux : je crois que nous sommes arrivés à un stade, à une certaine forme de maturité du public, où des œuvres moins « consensuelles » comme celles de Roa -ou d'autres- peuvent trouver leur place.

Roa - Bricklane - Londres

Avec tous les artistes qui passent dans le 13ème… pas envie de prendre quelques cours ?

Jérôme Coumet : Chacun son rôle et sa place. Je suis très heureux à la mienne en « accompagnant » des projets et des réalisations.

Quelque chose à rajouter ??

Jérôme Coumet : Le 13e est en train de devenir le nouveau quartier de l'accueil des artistes, comme le fut Montparnasse en son temps. Oui, l'art et les artistes peuvent nourrir l'image d'un territoire et renforcer son attractivité ! Et oui, Paris doit rester la Capitale des arts. Avec Anne Hidalgo, nous y parviendrons.

Tonio

Interview de Jérôme Thomas sur World Street Art

Interview de Jérôme Coumet sur World Street Art

Vidéos : J2B, Jérôme Thomas

Photos : Sandrine Ducros, Jérôme Thomas (Couverture), Antoine Quaglia, Laura Matesco, Axel Foucheriq

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