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Interview de l'Oncle Shu (Shurik'n) à l'occasion de la sortie de son nouvel album

Pour la sortie de son nouvel album solo "Tous m'appellent SHU", UC est parti à la rencontre de l'artiste Shurik'N, lors d'un passage éclair à Valence. Rencontre mythique et mystique avec une véritable légende vivante du rap, restée modeste, avisée et toujours engagée, sans laquelle le hip-hop français ne serait pas ce qu'il est aujourd'hui. Interview back stage privilégiée, à savourer en privé.

La première fois que tu as touché un mic' ?

C'était avec le Massilia Sound System, c'était dans une salle qui s'appelait la Maison Hantée, ça c'était un micro ouvert. Mais la première vraie scène officielle en concert, c'était aussi avec le Massilia Sound System puisqu'on avait un set à l'intérieur de leur set où on s'exprimait, on faisait du rap et dans lequel on jouait nos premiers morceaux, à deux. À l'époque on s'appelait les B.Boy Stance. (Chill, Shurik'N & DJ Kheops -en 1988, ndlr)

Ta rencontre avec Akhenaton ?

J'étais danseur depuis un moment, et j'ai dansé pendant longtemps encore, c'est par cette porte là que je suis rentré dans la culture hip-hop. On était peu, donc dans les soirées qu'il y avait, tu croisais tout le monde, tu connaissais un peu tout le monde plus ou moins de vue... J'ai commencé à écrire fin 86 début 87, plus ou moins, et j'ai rencontré Chill à cette époque là. On a commencé à parler et puis il m'a proposé de venir écrire avec eux, parce que voilà, à plusieurs pour écrire c'est plus sympa que chacun dans son coin. Et puis finalement, on a commencé comme ça.

Les MC qui t'ont donné envie de commencer ?

Ce sont des MC de l'époque des DJ SKU, des Boogie Down Productions, avec KRS One et Scott La Rock aux platines, … Ah oui, ce sont les premiers, après c'est Lena, les Rakim, les Big Daddy Kane…

Ton meilleur souvenir en tant qu'artiste ?

Je pense que c'est la première vraie scène ensemble, vraiment en tant que groupe. Peut-être aussi, la première partie de Madonna où on s'est retrouvé du vieux port à Marseille à 3 concerts devant trois fois 17000 personnes, où là d'un coup, tu comprends ce qui t'arrive ou plutôt, tu ne comprends pas ce qui t'arrive ! Ça, c'est dans la carrière. Après, il y en a eu plein d'autres, des moments plus perso, des moments de rire, des parts de rire qu'on s'est fait sur la route avec toute l'équipe, des pays où on est allé tous ensemble et où on a bien rigolé. Après, dans ma carrière, y a plein de bons moments, dans ma vie perso, c'est encore autre chose, mon fils est né et c'était réglé !

Gizeh, ton plus grand voyage ?

Ça, c'est un moment exceptionnel, c'est un point important. Pas un tournant mais un achèvement, dans le sens que c'était logique après coup, qu'à un moment donné, on finisse par jouer dans ce genre de décor, ou quelque chose s'y approchant. Là-bas, on a fait vraiment la totale, on a pris les décors, les musiciens traditionnels, les musiciens classiques et puis, on s'est fait un très grand concert. Ça aussi, c'est un très grand souvenir encore ! Ça, ce sont des trucs uniques. Dans ses conditions là, j'y retournerai jamais, c'est sûr.

Ta plus belle rencontre ?

James Brown à Vitrolles, concert à la Carrière. C'est l'époque où il tournait avec ses 40 danseurs et 40 danseuses, très Living In America ou un truc comme ça. Bien sûr, son album, c'était un ensemble de tubes planétaires regroupés pendant 1 heure et demi - 2 heures. Voilà, quand t'as l'occasion de monter avec des gens comme ça sur scène, c'est … Surtout que après, le gars est venu nous voir dans les loges, vraiment, il y a eu un échange et comme il a apparemment aimé ce qu'on faisait, il nous a gardé avec lui. Donc, on a fait le voyage avec eux et on est allé faire sa première partie à Biarritz aussi, parce qu'il voulait que ce soit nous qui la fassions, on était super honoré tu parles !

Le featuring de tes rêves ?

Steevie Wonder. Steevie Wonder !

La chose dont tu es le plus fier ?

Dans ma carrière, c'est le fait, je pense, qu'on ait réussi à durer autant et qu'on arrive encore à s'amuser comme des enfants de 16 ans après 25 ans de carrière tous autant qu'on est. Je pense que la plus grosse réussite c'est ça, d'avoir su durer, d'avoir gardé les liens. On a les mêmes équipes depuis des lustres, on est assez clanique. Je pense que c'est ce qui a fait qu'on est arrivé jusque là. Je crois que c'était la meilleure attitude qu'on puisse avoir, en même temps, c'est comme ça qu'on est un peu !

Comment on fait pour garder la tête sur les épaules ?

On va faire ses courses au super casino du coin, on dépose le petit à l'école, on passe l'après-midi au bord du stade à se geler par 80km/h de vent, à gueuler comme un fou pour un crochet raté ou un contrôle, voilà … J'ai toujours mes potes, certains n'ont rien à voir avec la musique. Quand je les vois, on fait et on parle complètement d'autres choses. Et après, y a des gens avec qui on a vraiment des trucs en commun, la musique, la passion de la musique, une passion de la danse après je sais pas, je suis normal, je me pose pas la question, je fais ce que j'ai à faire, j'ai pas envie de changer ma façon de vivre. Je ne l'ai jamais eu en 25 ans donc je ne vais pas changer maintenant.

Le meilleur son de rap français ?

J'ai bien aimé Hardcore de Kery James. J'ai bien aimé aussi quelques titres assez revendicatifs d'Assassin. Après, j'ai pas un classique particulier dans ce domaine, j'ai une culture beaucoup plus américaine et donc plus de classiques dans ce domaine. J'ai commencé par là, c'est ce qui m'a toujours beaucoup inspiré et qui m'inspire toujours. C'est vrai que maintenant, c'est plutôt de vraies rencontres, étant donné que je travaille avec plein de monde, avec des groupes connus, moins connus, avec des seconds souffles, des aliments star. J'ai travaillé avec Médine, Carpe Diem … Maintenant, y a tellement de groupes que pour être au courant de tout, faudrait passer énormément de temps sur Youtube et franchement, entre ma musique et ma vie, j'ai pas le temps de passer autant de temps sur Youtube !

Ta vision du rap français actuel ?

Je pense que tout le monde a eu envie de ressortir au même moment, par exemple Disiz, il avait mis sa carrière entre parenthèse un petit moment pour faire autre chose mais il a jamais dit qu'il s'arrêtait. Y en a plein qui s'étaient mis en stand-by, naturellement on va dire, mais ils avaient jamais dit qu'ils arrêtaient … Je pense qu'ils avaient d'autres choses à faire, d'autres projets, d'autres trucs, où ils étaient peut-être moins mis en avant et que, quand eux aussi ont eu l'envie, et que le moment s'est fait sentir, je pense qu'ils se sont mis à faire leur album. Le processus en général, c'est assez comme ça, y a un certain discours, une certaine énergie positive. Et tant que y a ça, une bonne énergie, ça ne me dérange pas. Du rap, il en faut pour tout le monde, on ne veut pas qu'il n'y est qu'un rap, comme nous on l'aime, grand Dieu, non ! On veut avoir le choix, je veux pouvoir écouter plein de rap différents en fonction du lieu où je me trouve, de la situation où je suis, on est d'accord, non ?!

« Tous m'appellent Shu », pourquoi maintenant ?

Ben déjà, le temps car tout simplement, quand j'ai fait le premier (Où je vis – 1998 ; Double disque d'or-ndlr), c'était pas fait dans l'objectif de lancer une carrière solo. J'avais juste envie de faire un bon album, de bien m'éclater, de me prouver à moi-même que je pouvais le faire, et que si possible, comme je suis quand même un artiste, qu'il plaise. Donc déjà, ça enlevait toute la pression. Après, les gens lui ont donné la vie qu'il a eue. Je me suis rendu compte plus tardivement qu'il a eu une durée de vie longue tout du moins dans l'esprit, dans la tête des gens. Mais encore une fois, même quand je m'en suis rendu compte, ça m'a pas déclenché de suite, je ne me suis pas dit « ben tiens, je vais en refaire un ». Je suis quelqu'un qui fonctionne vachement à l'envie. Des fois, ça peut porter tort mais je l'assume complètement et donc c'est vrai qu'après le succès du premier, par moment on m'en a reparlé, on m'a redemandé pourquoi, et bien parce que j'avais pas envie. Après le premier , je suis parti directement sur IAM, on a vécu des trucs et fait des albums de fous, des trucs en solo, que ce soit à travers le blond, à travers le groupe, on a repris la route, beaucoup de route …C'est vrai que l'envie, elle est revenue au fur et à mesure ces derniers temps, parce qu'on a décidé de garder un pied sur la scène en permanence, de ne plus fonctionner par période ou quoi. C'est pour ça que c'est un album quelque peu différent car là, l'envie est née de la scène, de l'ambiance sur la route, c'est une des différences avec Où je vis car cela définit l'humeur globale de l'album même si c'est vrai que pour lui non plus, j'avais pas de plan au départ. Je pense que je vais continuer à faire beaucoup de dates par rapport au premier, beaucoup plus étalées sur la longueur. Entre temps, je vais certainement retourner avec le groupe, retrouver l'autre partie du groupe qu'on a laissé pour des concerts et ouais, je continuerai à jouer des morceaux solos à travers le groupe mais je vais aussi échelonner des dates vraiment sur le long terme.

Un Shurik'n Assagi ?

En tout cas, différent. Assagi non, car y a des morceaux comme Vivre, comme Bombe le torse, comme La même chose qui montrent bien que j'ai encore ma gueule à ouvrir. Peut-être qu'avant, je parlais pour l'âge que j'avais et pour certaines raisons et que je m'exprimais en fonction. Aujourd'hui, j'ai un autre âge, je parle pour d'autres raisons, j'ai des préoccupations qui , après tout, sont les mêmes que les autres, parce que moi aussi, je suis père de famille et que, quand je vais partir , je suis soucieux de ce que je vais laisser derrière moi.

Nous, on le sent plus personnel, plus intime ce dernier album, non ?

Peut-être dans la forme, ouais, au niveau musical, y a peut-être des différences, mais après dans l'écriture, dans le choix des thèmes, dans la densité, ça, ça reste ce que moi, j'aime faire. La prod, je voulais la diversifier. Pourquoi ? Car pour le premier album, j'ai tout fait tout seul et après 14 ans, je sais ce dont j'ai besoin vraiment pour écrire. Je ne voulais pas tomber dans tout ce confort de dire : « je vais pas plus loin, je fais ce que je sais faire », et par là, ne pas me pousser, ne pas pousser mon flot, ne pas essayer de repousser un petit peu le truc. Le fait de prendre des producteurs différents et de ne pas leur dire de produire pour moi, (parce que l'erreur au départ c'était ça, c'était de dire « produisez pour moi », c'est à dire qu'eux ont produit parce que dans leur tête, ils avaient une atmosphère Shurik'N, un type de morceaux avec des violons, un type de morceaux avec des pianos…). Quatorze ans après, je suis plus Où je vis. Aujourd'hui, je suis Tous m'appellent Shu … Le fait de les choisir déjà par rapport à leur travail que pour tous, je connaissais bien, et de leur dire « faites moi écouter ce que vous avez et c'est moi qui vais dans votre univers », cela m'a amené à avoir des flots différents sur des morceaux où peut-être, d'instinct, je serais pas allé.

Pas de retraite prévue ?

Pour l'instant non, là, je vais me faire une heure et demi de concert seul, donc ça va, j'ai encore la forme !

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